Expertise !

Il y  a de cela une dizaine de jours, j’attendais impatiemment le courrier de la MDPH concernant le renouvellement de mon AAH. Ce fameux courrier qui me confirmerait que j’ai été accepté pour le renouvellement et que je suis à nouveau tranquille pour deux trois ans.

Mais ce jour-là ce n’était pas exactement une lettre de la MDPH qui m’attendait.

Ce jour-là, c’était une lettre d’un médecin-expert-psychiatre auprès de la MDPH.
TA-TAAA-TAAAAAAAAAAAAAAAM !

Ben oui. Et il me donnait rendez-vous pour la semaine suivante (vendredi dernier donc), tôt le matin, pour une rencontre d’expertise afin de déterminer où j’en étais.

Je ne peux pas dire que j’ai pris ça bien.
En fait j’ai passé une semaine d’attente épouvantable. A dormir deux fois moins que d’habitude, à raison de nuits commençant à 2h du matin au mieux et à avoir l’impression qu’un acide me rongeait perpétuellement l’ensemble de mon ventre et de mon abdomen.

En gros : j’étais angoissé sa mère la coloquinte.

La veille au soir, je sentais bien que le rendez-vous allait être épique et que je risquais d’être angoissé durant le rendez-vous.

Si j’avais su…

Le jour du rendez-vous, j’étais à un niveau d’angoisse OVER 9 000 !
Tant et si bien que lorsque j’entrai dans le cabinet du psychiatre-expert… Je ne pus simplement le fixer lui, je fixai son bureau à côté de sa main (ce qui, chez moi, est un signe d’alerte rouge !), n’arrivant pas à m’exprimer normalement (ça allait de la bafouille à la répétition de mots en écho, au blocage pour retrouver ce que je voulais dire, la voix qui avait changé, qui tremblait et j’en passe) ni à simplement ne pas vibrer comme un guide Michelin qu’on aurait confié à Clara Morgane.

 

En fait je ressemblais pas mal à ce à quoi je ressemble quand je décompense.
Sauf, bien sûr, que si j’avais décompensé dans son bureau, je ne serais pas de retour si rapidement et je ne serais pas en train de vous le raconter au calme…
J’étais juste à mon plus haut niveau d’angoisse depuis longtemps.

Bref. A part cela, je suis resté dans son bureau un temps très court. J’ignore si c’était une bonne ou une mauvaise chose. Tous me disent que ça prouve juste qu’il savait déjà ce qu’il allait préconiser et donc que c’est dans la poche… Mais j’ai quand même peur…

Et bon, si vous voulez, je ne suis pas schizophrène pour rien; angoisser, redouter le pire, prévoir le pire, croire au pire, tout en ayant du mal à simplement contenir tout ça sans risquer l’implosion… C’est un peu une seconde nature.
Je suis soulagé cependant que ce soit « fini », qu’il n’y ait plus qu’à attendre. Je suis surtout soulagé parce qu’on m’a changé efficacement les idées ce week-end, parce que sinon je serais encore en train de me rouler en PLS dans un coin.

Définitivement je ne suis pas très résistant. Ni très endurant. Ni très efficace pour raisonner simplement et normalement. Ni très sociable. Ni très adapté à la vie en société en fait. Ni même juste prêt à travailler. Déjà avec un psychiatre neutre et bienveillant je me fais dessus à l’idée d’avoir un rendez-vous (et oui, même avec Psy Carré)…

Z’imaginez si demain je vais au turbin dans une usine ou comme larbin dans une quelconque entreprise ?

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J’ai juste une chose à dire…

Ouf !

 

 

 

 

Et maintenant, retour à la médiocrité ambiante habituelle, sur ce forum comme dans la vraie vie…

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V pour Vendetta…

… Non. Ne rêvez pas. Je ne vais pas parler des récents événements.
Non. N’insistez pas. De toute façon ça fait cauchemarder tout le monde, au final les idiots vont voter Le Pen et Fillon, et on va se retrouver avec des crétins abyssaux d’extrême-droite au gouvernement dans les deux cas. Joie.

Non. Je vais parler de ce que j’ai regardé hier soir en replay.
J’ai regardé une émission type « faites entrer l’accusé », mais présentée par un pervers pédophile notoire qui prétend faire du journalisme.

Voilà, vous situez ?

En l’occurrence, cela parlait d’une affaire de meurtre dans le bordelais.
Plus précisément de l’histoire d’un adolescent de presque seize ans qui se fait poignarder au niveau du cou par un camarade de classe qui prend la fuite.

Bon, le camarade a vite été retrouvé, il s’est rendu un peu plus tard.

A partir de l’instant où j’ai entendu le résumé de l’histoire, j’ai quasiment immédiatement deviné le mobile du meurtre. Trop fort.

Parce que bien sûr, malgré toute la tristesse des proches, des autres élèves et malgré le battage médiatique autour de ce faits-divers, il était évident qu’un élève qui en poignarde un autre en cours ne le fait que rarement par hasard (ou sur un coup de folie).

Parce que bien sûr, cette histoire était celle d’un adolescent de 15 ans rejeté par ses condisciples, moqué, voire carrément persécuté.
Parce que bien sûr, la victime du meurtre, décrite comme « très sociable, à l’aise avec les autres, sans ennemis connus »… était un des harceleurs les plus virulents.
Parce que bien sûr, certains amis de la victime n’ont toujours pas pigé pourquoi c’est arrivé.

Parce que l’explication à ce drame humain, c’est que si le meurtrier a bien été condamné et si Justice a bien été faite, notamment en prenant en compte le harcèlement dans la peine prononcée, l’explication disais-je, c’est qu’il manque le commanditaire de ce putain de meurtre.

Le commanditaire qui n’est autre que l’ambiance générale de notre société, notre volonté de faire de nos enfants des compétiteurs prêts à écraser autrui afin de dominer, volonté venue de notre propre entêtement à tous à passer devant les autres, quitte à tuer par les mots ceux qui sont moins forts que nous.
Parce que bien sûr, nous vivons dans une société violente, de cette violence invisible, ou trop souvent tue, qu’est la violence des inégalités, des étiquettes et du refus de la différence.

Parce que, au fond, ce jeune meurtrier a sauvé sa propre vie en supprimant celle de son harceleur. Parce que c’était lui ou son harceleur. Parce qu’au fond, la société ne s’inquiète pas des suicidés, mais bien des meurtriers, quand bien même il y aurait une cause commune.
Parce que dans ce monde de merde, le seul moyen de se faire entendre pour ceux qui sont invisibles, réduits au silence, moqués, maltraités, ignorés des autorités (quand elles n’empirent pas la situation sciemment), c’est de renverser la table, de faire un coup d’éclat et de faire couler le sang pour qu’enfin on les entende…

C’est bizarre, cette conclusion semble faire écho à quelque chose de récent, mais je ne sais  pas quoi…

Bref.
Pensez ce que vous voulez.
Plus que jamais on se focalise sur les causes immédiatement visibles, et plus que jamais on oblitère par confort les causes profondes, celles qui font que de tels drames finissent par arriver.

Faire couler du sang  est un gâchis en plus d’être un drame.
Mais bon… peut-on en vouloir à une victime d’un ordre social injuste de se faire entendre de la seule manière qui lui est possible ?

…Probablement, oui. Et pourtant, nous oublions trop souvent de faire la critique de nos  propres travers, ceux-là même qui rendraient les condamnations de ces actes enfin légitimes et justes.

Parce qu’en attendant, c’est juste le chaos. Et la vendetta.

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Ma schizophrénie, partiellement utile ? Voire…

Avec le recul, je me demande parfois si ma schizophrénie ne m’a pas, d’une certaine manière, sauvé la vie.

Je m’explique.

A l’époque où la schizophrénie s’est déclenchée, j’étais un adolescent replié sur moi-même. Avant d’être cet adolescent replié sur lui-même, j’étais surtout un putain de mouton noir dans mes divers environnements scolaires depuis la maternelle. En cause, une personnalité plus fragile, moins susceptible de se défendre, et un peu trop agaçant à tout savoir ou à tout réussir plus vite et mieux que les autres. Pire que tout : à être apprécié des instits/profs.

En gros, j’étais un peu le genre « binoclard premier de la classe », mais sans être binoclard, et jamais premier de classe. Au mieux troisième ou second.

 

Bref. A l’époque où la schizophrénie s’est déclenchée, je venais de prendre conscience que cette manie qu’avaient les gens de mes différentes classes de toujours me mettre de côté, me mépriser, m’insulter ou simplement de me rouler dessus (au sens figuré) quand il fallait trouver un bouc émissaire… Autant dire que je l’ai mal géré.
Et c’est là que j’en viens au rôle qu’elle a joué dans ma vie après.

Les années suivant la déclaration de cette schizophrénie, j’ai continué à être mis de côté par l’ensemble des différentes classes que j’ai fréquentées, à être raillé, voire insulté.

Mais ce qui changeait de manière notable, c’est que tout s’est fait dans mon dos.
Parce qu’avec la schizophrénie, j’ai développé une véritable haine inextinguible (même aujourd’hui encore) pour mes condisciples. Plus encore, je développai dans ma tête des histoires pour me défouler où je pouvais faire souffrir, tuer mes condisciples voire atomiser l’Univers entier. C’est l’avantage de se faire des films dans sa tête : même quand ça a l’air d’être complètement barré, violent ou dangereux, ça ne fait de mal à personne.

L’atout de ces rêveries sombres et torturées c’est qu’elles m’ont équipé d’un regard noir et d’une aura de violence contenue qui faisait que mes condisciples évitaient scrupuleusement de réveiller le dragon qui dort : ils ont tout fait dans mon dos. Par précaution.

Bref.

Déjà, un atout de cette schizophrénie aura été de me permettre d’avoir la PAIX ! Enfin, l’équilibre de la terreur, plutôt.

L’autre atout, non négligeable, c’était que ça m’a permis d’apprendre à me défendre.
Enfin, plus exactement, ça a semé les graines qui me permettent aujourd’hui de ne pas simplement me faire rouler dessus par d’autres personnes.
Fantasmer les moyens dont on pourrait répliquer après coup (oui, j’ai fait ça souvent, de toutes les manières possibles, y compris par éviscération, démembrement, tortures et actes de barbarie diverses… Ah le plaisir d’imaginer les pires sévices sur autrui. Toi-même tu sais ce que tu imagines quand un patron chiant devient insupportable !), ça permet tôt ou tard de savoir comment répliquer au moment opportun !

 

N’oublions pas non plus le magnifique cadeau qui m’a été donné, qui est au coeur de ma schizophrénie : les déréalisations / dépersonnalisations.
Je ne suis jamais ni dans mon corps ni dans votre monde. Cette distance est variable selon les jours et les activités (le fait de faire de la photo me permet justement d’atténuer la distance entre vous et moi), mais elle est permanente.
Les régulières crises de déréalisation / dépersonnalisation qui « perturbent » mon quotidien sont une chance.

Elles sont une chance car je ne fais que de très rares crises d’angoisses grâce à elles. Ou plus exactement, de très rares crises d’angoisse orthodoxes.

Les crises d’angoisse, c’est comme un arrêt cardio-respiratoire, comme si tu mourais sur le moment et tu es persuadé que tu vas y rester, jusqu’à ce qu’elle se termine, plus ou moins brutalement, parfois par hasard, trop souvent parce qu’on t’a pris en charge médicalement ou parce qu’on t’a changé d’environnement.
Mais bon, les crises d’angoisse j’en fais. Beaucoup en fait. Mais elles prennent la forme de crises de déréalisation / dépersonnalisation. Coup de bol, c’est ce que je gère le mieux.
La dernière crise d’angoisse orthodoxe que j’ai faite date d’il y a deux ans en gros.
La dernière crise de déréalisation / dépersonnalisation que j’ai faite date d’il y a…pfff… Dix minutes ? En fait elle dure toujours… Ah ah ! Joie ! C’est cool pour écrire depuis une autre galaxie.
Pourquoi ? Pour rien, juste une pensée désagréable, en l’occurrence un souvenir douloureux qui est revenu en boomerang. J’aime.

Reste le dernier atout qu’elle m’a donné, cette schizophrénie.

Il y a de cela quelques semaines, j’ai accueilli chez moi mon ex. Elle est d’obédience wiccane et même si je ne suis pas du tout dans ce trip (ce qui se comprend, vu ma fragilité à ce niveau), je constate que ça l’aide au quotidien, et c’est tout ce qui compte.
Bref. Elle m’a fait tirer les cartes de son tarot psychologique. Pour l’expérience.
Le tarot psychologique, c’est en gros tu tires des cartes avec chacune une illustration différente au hasard dans un certain ordre et tu les regardes quand tu les a toutes tirées, et chacune selon son ordre dans les cartes tirées, dévoilerait un aspect de ta vie.
Dit comme ça c’est très fumeux. C’est là que mon ex a une façon de faire plutôt intéressante et même pertinente.
Plutôt que de se fier aux interprétations « officielles » sur le sens des cartes… Elle a préféré me laisser interpréter moi-même les cartes, selon ce qu’elles représentaient à mes yeux et selon le thème lié à leur position dans les cartes tirées.
Et ça, mine de rien même si c’est statistiquement et psychologiquement complètement foireux, c’est psychologiquement intéressant. Car, en usant des dessins comme des guides d’introspection sur des domaines donnés, on peut plus facilement parler de soi, quitte à faire des contresens complets en regard du sens théorique de la carte.

Où est-ce que cela nous mène ?

A la carte qui devait représenter mon moteur inconscient dans la vie.
Celle-ci, je l’ai interprétée comme représentant la solitude, l’isolement social et la souffrance liée à tout ce qui causa ma schizophrénie.
Ce qui peut être discutable, mais qui soulève une piste intéressante :

 

Car en effet, depuis des années maintenant, je continue d’avancer notamment parce que j’estime n’avoir pas le choix, parce que la personne isolée et seule que je suis ne peut guère qu’avancer ou mourir. Prenez ça comme un « quand on touche le fond, on peut enfin se donner une impulsion pour aller jusqu’à la surface ».
Et je pense qu’effectivement, la schizophrénie a aussi pris la forme de cette impulsion qui fait que je n’ai présentement jamais été si près de la surface de toute ma vie.

Si j’avais continué à me faire rouler dessus, si j’avais continué à me laisser faire, à rester soumis aux autres, à ne pas répliquer, si rien ne m’avait incité à au moins exprimer mentalement ma rage, ni prendre conscience que ce n’était pas normal…

… J’aurais coulé. Je me serais probablement suicidé purement et simplement et j’aurais juste grossi les statistiques des suicides adolescents, ceux-là même qui trop souvent sont la preuve que la vie sociale adolescente peut tuer, et parfois que l’école tue.

D’une certaine manière, la schizophrénie aura été une planche de salut. Vermoulue, pleine d’échardes, créant des plaies que le sel de mer s’acharnait à creuser…
Mais une planche quand même…

 

 

Comme quoi, tout n’est pas totalement noir dans cette folie humaine…

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Tout va bien, madame la Marquise…

Tout va bien…

Pourtant, tout est bancal.

C’est un étrange sentiment que celui-ci. J’ai l’impression de vivre une vie idéale depuis quelques mois, une vie sans presque aucune hallucination, une vie sans délires envahissants, une vie avec un sommeil parfait, une vie faite de photos et de plaisir partagé au sein d’un club…
Le problème, c’est que tout ça paraît n’être qu’un château de cartes complètement branlant.

Cela ne tient que parce que pour l’instant personne ne semble pressé de me le détruire, parce que j’évite les courants d’air et les mouvements trop brusques.

Mais plus je gratte le vernis de ma vie rêvée, plus je sens le gros méchant trip affleurer.
D’abord, pourquoi ai-je si souvent la larme à l’oeil sans pourtant ressentir la moindre émotion ? Ce n’est même pas du mouillage d’yeux suite à une exposition trop fatigante à l’ordinateur, ni un signe de fatigue tout court.

Juste une larme ou deux qui passent sur mes joues, de temps à autre, comme pour rappeler que derrière les belles apparences, il y a une faille qui attend son heure.

Pourtant tout va bien. Vraiment…

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C’est fatigant…

C’est fatigant de toujours devoir justifier son inactivité. Il y a encore quelques jours, un membre du club photo m’a signalé qu’un poste de correspondant dans un journal s’était libéré et qu’il avait pensé à moi pour ça. Chouette, vraiment. Et gentil, vraiment. Sauf que non.

C’est fatigant de toujours devoir faire répéter les gens quand ils parlent. Non pas qu’ils s’expriment mal, juste que trop souvent, j’entrave à peine un mot sur deux, encore moins au téléphone. J’ai le cerveau tellement parasité et tellement épuisé par son activité permanente que ce n’est pas facile de pouvoir suivre une conversation. Et je ne vous parle pas de suivre un film…

C’est fatigant de toujours angoisser au moindre retard d’une personne. Dès que quelqu’un que j’attends est en retard, je m’imagine les pires catastrophes : il est mort dans un terrible accident, ou alors c’était un piège et on va m’assassiner d’une balle entre les deux yeux ici, ou alors il y a eu un attentat qui l’a emporté, j’en passe et des plus chatoyants…

C’est fatigant de toujours craindre que Monsieur Chat, mon compagnon de tous les jours, finisse par mourir dans son sommeil, chaque fois que je me couche. J’ai tellement peur de le perdre que, quand je me réveille en pleine nuit, je préfère vérifier qu’il est toujours vivant, qu’il respire, en allant le voir.

C’est fatigant de se concentrer, genre vraiment. Pour des tas de gens, ce que je fais est une promenade de santé. Pour moi c’est épuisant. Là où j’adorerais investir davantage le laboratoire argentique, je me vois contraint de choisir entre le cours débutants et le laboratoire. Résultat, je ne fais du labo que toutes les deux semaines.

C’est fatigant d’être actif, dynamique, opérationnel, de faire semblant d’être aussi valide que les autres. Je réussis bien à maintenir la pression, jusque là. Mais je sais qu’à la moindre anicroche, je vais me manger le béton quelque chose de bien. C’est pour ça que je ne m’informe plus; ni télévision, ni radio, ni journaux. Ca évite pas mal de soucis. Même si j’angoisse pour les présidentielles et ce que va nous réserver comme programme la Le Pen, à nous, les psychotiques sous AAH.

C’est fatigant de ne pas couler en fait. Mais c’est la seule alternative que j’ai.
C’est soit une fatigue constante, soit la folie, celle qui me prive de mes capacités de raisonnement, de ma lucidité, de ma liberté, qui s’accompagne de voix, d’ombres menaçantes, de Nazgüls et j’en passe et des pires…

Comprenez-moi : je suis heureux d’avancer comme j’avance depuis un an.
Mais ce n’est pas pour autant que je pourrais bosser dans mon état.
Et ça, ça fait vraiment, VRAIMENT chier. Parce que déjà qu’avoir un job avec juste le brevet des collèges c’est la garantie de faire des boulots sous-payés, où on est exploités et aux horaires malsains, mais en plus, de toute façon, même si je trouvais le job de mes rêves, je viderais mes batteries en moins de deux semaines… Et retour à la case HP à peu près assurée.

Bref.

Oui, c’est fatigant de vivre, se battre, avancer. Mais si je ne me fatiguais pas, ça serait pire.

Vous parlez d’un choix…

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And now, for something completely different… (Monty Python)

Pour une fois, un hors sujet qui ne va parler ni de politique, ni de médias, ni de rien d’aussi polémique.
Enfin, ça parlera un peu média, mais un média bien particulier. Et ce ne sera pas dans la polémique sur le thème de ces élites qui nous pourrissent la vie. Nope nope nope.

Seulement, étant membre depuis un peu plus d’un an d’un club photo, je commence à saturer du discours de pas mal de gens sur la photographie, prétendant que « la photographie n’est pas de l’art ».

Ah. Grosse révélation.

Déjà interrogeons-nous, qu’est-ce que l’art ?
Les Grecs antiques s’étaient déjà posé la question et y avaient répondu que l’art, c’était soit des arts picturaux, soit de la sculpture, soit de la littérature, soit de la poésie, soit des arts de la scène, soit de l’art musical, soit de la plomberie.
Mais pour le dernier, je ne suis pas sûr, après courte réflexion… Quoique Super Mario abonde dans ce sens.

Cette liste était à l’époque exhaustive de ce qui était considéré comme artistique.
Depuis, on y a rajouté la Bande Dessinée (ce qui est complètement con; c’est déjà un mélange d’art pictural et de littérature, donc nul besoin d’en faire une catégorie à part), le cinéma (le fameux septième art), le jeu vidéo, la photographie (le sujet dont je compte vous entretenir justement) et sans doute en oubliai-je un ou deux dans le lot.

Le cinéma a, lui, nécessité une case spécifique : les arts médiatiques. En effet, le cinéma n’est pas qu’un mélange de littérature et d’arts de la scène, c’est aussi un art de l’image animée. Quiconque a vu un Kubrick en témoignera aisément;  la manière de filmer importe autant que le scénario.

Si aujourd’hui, le cinéma est assez aisément considéré comme un art à part entière, notez que ce n’est pas tant via les grands auteurs les plus visionnaires qu’il gagna ce titre que part sa grande popularité au cours du XXe siècle, et sa domination économique majeure.
Autrement dit : c’est parce que le cinéma est devenu une industrie gigantesque et populaire qu’on a fini par l’inclure dans la famille des arts. Précisément parce qu’actuellement, pour être considérée comme un art, une activité se doit d’être reconnue par la masse. La culture de masse, en somme. Nous ne sommes plus au temps où un philosophe Grec perdu dans son coin pouvait décréter à lui seul ce qu’était un art et soumettre à son idée l’ensemble d’une civilisation.

Mais alors dans ce cas, pourquoi la photographie est trop souvent méprisée comme forme d’art ? Après tout, la photographie est un boulot à part entière dans la création des films et consiste précisément à penser la manière de filmer les scènes jouées, de sorte qu’un message passe dans les plans, ou simplement par esthétique.

Ma première explication est que la photographie, malgré sa popularité grandissante, n’est pas un art populaire. Je m’explique : de nos jours, nous sommes nombreux à prendre des photos; plusieurs milliards de photos sont prises chaque jour, partagées et commentées dans la foulée, surtout sur Internet.
Mais là où la popularité de la photographie pose problème, c’est que les grands auteurs de la photographie n’ont jamais réussi à percer dans les milieux populaires. On ne s’intéressera à Cartier-Bresson qu’à condition d’être soi-même un tantinet initié à la question.
Pourtant, certaines photos artistiques sont entrées dans l’inconscient collectif, comme le baiser devant l’hôtel de ville.

Mais avant tout la photographie reste une activité artistique prisée d’une minorité d’initiés, pour différentes raisons : la première est qu’elle nécessite un apprentissage technique et artistique qui n’est pas si évident. Les termes de focale, d’ouverture, d’ISO ou de température de couleur, n’ont rien d’évident pour les nouveaux venus.
La seconde est que c’est un loisir qui coûte invariablement cher, encore plus à notre époque du numérique triomphant. Même acheter un smartphone n’est pas accessible à toutes les bourses, et encore moins un smartphone balèze en photo.
Il y a aussi la frilosité des amateurs experts et des professionnels qui aiment bien rester entre initiés, quitte à noyer le nouveau-venu dans des tombereaux de termes techniques…. Quand il ne s’agit pas de les sacquer parce que leurs photos ou leur matériel n’est pas à la page.
Il y a donc beaucoup de snobisme dans le milieu de la photographie. Et pour ne rien arranger, ce milieu est terriblement sexiste.

 

Déjà petit aparté : il est complètement con (à mon avis) de sacquer quelqu’un sur la qualité de son matériel. On peut avoir un matériel photographique de débutant voire de pur casual, et faire des photos extraordinaires ! Le regard se moque bien du matériel.

Par ailleurs, sacquer un photographe sur la qualité de ses photos alors qu’il débute, c’est contre-productif pour espérer le voir progresser. La bienveillance devrait être la règle puisqu’on a tous débuté et tous fait des photos peu raffinées… Et qu’on en fait encore tous.

Bref.

Il y a autre chose, un discours qui revient régulièrement, qui fait que beaucoup croient que la photographie n’est pas un art. Plus que le manque de reconnaissance populaire, plus que la frilosité du milieu à s’ouvrir au monde, c’est cette idée reçue qui fait le plus de mal à mon petit coeur fragile quand je l’entends.

La photographie ne serait pas un art parce que… Ce sont les appareils qui font de belles photos.

Oh le beau cliché (mouarf) !

Alors effectivement, à la prise de vue, c’est l’appareil (le capteur ou la pellicule en premier) qui fixe l’image.
Mais c’est loin d’être l’appareil qui fait la belle photo.
D’abord parce que si vous prenez en photo une scène consternante de banalité, elle aura beau être prise par un appareil surpuissant, elle n’éveillera pas grand intérêt.
Ensuite parce que même face au plus beau paysage au monde, si vous ne savez pas comment vous voulez photographier votre sujet, c’est à dire si vous ne décidez pas de la manière dont le paysage va rendre, votre photo peut être complètement ratée; soit complètement bouchée (trop de noir), soit complètement crâmée (plein de zones blanches), soit trop floue, soit trop nette, soit floue aux mauvais endroits, etc, etc…

 

Faire une belle photo ça ne s’invente pas, ça nécessite un réel apprentissage, aussi bien technique qu’artistique.
Car il y a d’abord la capacité à trouver un beau sujet, à le photographier correctement en cadrant de la manière voulue.

Et après ? Ce serait tout ? Simplement une bonne combinaison de réglages  et un bon sujet ? C’est trop facile, trop technique, ce ne peut être de l’art puisqu’il n’y a pas de création à proprement parler !

 

 

 

Vous avez entendu parler de Lightroom ?
Lightroom est un logiciel d’Adobe, ultra-célèbre dans le monde de la photographie et utilisé par tout le monde, des amateurs aux professionnels.
Lightroom est un logiciel de traitement, classement, et développement des images.
Comprenez par là que le cliché brut de capteur n’est que rarement identique à la photo finale que le photographe présente. En fait aucune photo publiée dans un quelconque journal ou magazine n’est brute de capteur.
Il faut interpréter le cliché. Rajouter des noirs ici, retirer des blancs là. Saturer les rouges ou les bleus, changer la balance des blancs, augmenter la netteté ici, et retirer un peu de brume là.

Et ça, c’est littéralement à l’auteur de décider. Cela a beau se faire avec des outils, des réglettes et autres outils informatiques, c’est l’expression propre et les goûts de l’auteur qui se déterminent à cet instant.
Et si vous croyez que du temps de la photographie argentique c’était différent… Eh bien non. On utilisait déjà des masques pour changer l’exposition, des filtres pour changer la saturation, des prises de vues floues pour augmenter la netteté de celle qui n’était pas assez nette, etc… En fait Ligthroom s’appelle ainsi parce qu’il reprend les techniques des chambres noires des photographes argentiques à la sauce numérique. Photoshop est également blindé de techniques issues de la photographie argentique.

Et ce n’est pas tout (ce n’est jamais tout) ! Dans le tirage de la photo, le choix du support est crucial lui aussi, tout comme les différentes qualités de toiles pour le peintre.

On pourrait aussi parler des pellicules photos par-dessus lesquelles certains photographes ont écrit, dessiné, en en faisant des objets plastiques à part entière.
On pourrait aussi évoquer l’ensemble presque infini de techniques à la prise de vue pour rendre la photo unique, que ce soit l’usage d’un filtre, un fond semi-transparent derrière le sujet, les éclairages variés, les temps de pose extrêmes et leur gestion avec le mouvement de l’appareil, la gestion du flash, etc etc…
Et puis, enfin, il y a un problème récurrent avec la photographie qui ne sert pas mon propos.
C’est que beaucoup de monde fait des photos, mais que par conséquent, hélas, beaucoup de gens se croient devenus des génies de la photographie dès l’instant où ils ont un appareil un peu évolué (genre reflex) dans les mains.
Ces gens font parfois des photos très bien, là n’est pas mon propos.
Le problème est qu’il ne suffit pas de faire des belles photos pour être un génie de la photo. Et ces gens en agacent profondément des tas d’autres, qui, du coup, les bashent sur internet, faisant parfois peu de différence avec les passionnés et professionnels talentueux.

Mais c’est un problème vieux comme l’art; de même qu’il ne suffit pas de publier un livre pour être écrivain ou de tourner un délire entre potes pour être réalisateur, ou de faire des vidéos sur YouTube pour être un grand vidéaste d’internet…

…Il ne suffit pas de tenir un appareil photo pour être un putain de photographe de génie.
On peut être photographe amateur quel que soit son niveau. Mais l’humilité est une vertu importante, surtout quand on s’expose aux regards d’autrui. Ne croyons pas qu’il suffit d’avoir un petit talent en  photo pour pouvoir en vivre et donc devenir un auteur photographe reconnu.

La photo n’est pas simple à maîtriser, et c’est aussi pour ça qu’on ne la reconnait pas assez comme art.
Moi-même je n’estime pas faire de la photo artistique. Je fais parfois de belles photos, mais ni plus ni moins qu’un amateur un peu éclairé. Des meilleurs photographes que moi, il suffit de shooter dans un arbre pour en voir tomber une trentaine.

 

 

Voilà, il fallait que ce soit dit. Que ce n’est pas juste appuyer sur des boutons, que ce n’est pas non plus parce qu’on a un appareil photo qu’on est au contraire un artiste de génie, que c’est une question d’interprétation de la photo, que c’est aussi parce qu’on hésite à entraîner des purs casuals dans cette pratique que la photo a du mal à être populaire, que c’est aussi par snobisme et enfin parce que la photo c’est déjà, d’abord et avant tout un métier, qui va avec des études bien précises. La photo ça s’apprend. Cela se monnaye aussi.
Pour faire vos photos de mariage, ne demandez pas à votre neveu, demandez les services d’un pro, vous aurez moins de déceptions à la fin…

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