Hello nuit blanche, my ol’ friend…

Je dérape…

En même temps j’espère que c’est juste passager… Comme à chaque fois que je dérape… Mais bon, tout semble aller si bien dans ma vie depuis deux trois ans… Que je m’en suis pris à espérer être stabilisé, et sinon sorti d’affaire, en tout cas en bonne voie de ne plus jamais refoutre les pieds dans un HP…

M’enfin on va dire que c’est le passage à l’heure d’hiver et le manque de lumière, hein ? Hein ?

Ouais, moi non plus j’y crois pas trop.

C’était tellement couru d’avance. Ca fait un an entier que je râle sur la fatigue qui m’a prise, sur les « responsabilités » qui se sont accumulées sur mes épaules, sur les sollicitations à droite et à gauche… Et qui, en plus, ne sont pas tellement nombreuses. Un actif se moquerait de moi et de ma « petite nature de fragile ».

Ca fait un an que « plein » de choses s’enchaînent. Et un an donc que je prétends autour de moi que « ça va se remettre, là d’ailleurs je remonte la pente, c’est bien parti ». Et en fait de remontée c’est juste un petit saut sur-place. Juste de quoi s’élever de cinquante centimètres une demi-seconde pour revenir au même endroit.

Je dors de plus en plus mal. On sait tous comment finit ce genre d’histoires.
Je suis à nouveau hanté par mes musiques préférées, celles qui signalent que je suis moins empli de positivité, et qui, en sus, ont tellement l’art et la manière d’exprimer une petite part de l’angoisse qui me ronge secrètement.

En ce moment, le stress remonte. C’est super hein ? Parce que j’ai pas besoin de stresser pour être déréalisé/dépersonnalisé en permanence, à la base. Sauf que maintenant que j’ai ce stress visible, je suis deux fois plus profondément déréalisé/dépersonnalisé, et c’est un joyeux bordel dans ma tête par voie de conséquence.
J’ai de nouveau du mal à faire la part des choses entre rêves et réalité.
J’ai de nouveau du mal à mesurer le temps qui passe.
J’ai de nouveau du mal à ne pas marmonner tout seul dans la rue, tout à mes pensées.

Je suis crevé 24h/24. Du coup, je dors trop une fois sur deux, et l’autre fois, je dors… Mais très mal, et trop tardivement, genre à 5h du matin.

J’en suis encore à me dire que « je vais me reprendre en main », que « ça va se passer », qu’avec un peu de rigueur et de repos ça va se remettre.
Mais ce n’est pas vrai. Cela ne peut pas être vrai.
Sinon, les vacances m’auraient remis d’aplomb.
La vérité, c’est que je suis en train de déraper à nouveau.

Etape  1 : mal dormir ACCOMPLIE !
Etape 2 : ressasser ses chansons d’insomnies ACCOMPLIE !

 

J’en suis venu à me détester à nouveau, à me convaincre que je ne ferai rien de ma vie, que je mourrai sans jamais avoir intéressé quiconque. A me dire que de toute façon, ma vie ne changera rien pour personne.
Et qu’au fond, je suis un déchet, simplement un machin mort qui se croit intéressant.

Etape 3 : commencer à ressasser des pensées ineptes et morbides ACCOMPLIE !

 

En fait j’ai toujours pas la santé pour assumer une activité qui se rapproche un tant soit peu de quelque chose de sérieux.
Je ne pourrais même pas faire un mi-temps thérapeutique sans craquer au bout d’un mois.
Même un quart-temps serait de trop.
Je ne sais pas comment le dire autrement, mais… ouais, je suis un miroir en morceaux qui se prend pour une psyché complète (ahah : miroir/psyché, je suis tellement spirituel et intelligent et… ouais bon, c’est carrément télégraphié tellement c’est téléphoné. Pardon.).

J’hésite entre m’abrutir au loxapac et continuer ma nuit blanche. Mais je sais que je n’oserai pas prendre de loxapac, quand bien même ça me sauverait ma nuit. Ben tiens : je suis trop con pour prendre mon traitement en toute autonomie, je vous le rappelle.
Mon cerveau est un putain de connard.

Ca va être quoi la suite ?
Plus de voix ?
Des zombies au pied de mon lit ?
Je vais carrément basculer et vraiment croire que je possède un sharingan, comme dans Naruto ?
Ou alors je vais juste me morfondre un peu plus chez moi jusqu’à ce qu’on me retrouve par hasard, momifié dans mon lit, et partiellement bouffé par mon chat ?

Que de joyeuses perspectives, n’est-il pas ?
Sauf que, en effet, les perspectives qui suivent ces insomnies constantes sont aussi réjouissantes qu’une prison française.

Bref. Tout ça fait un peu « litanie de lamentations nocturnes ».
Mais si je ne le dis nulle part, c’est comme si je refusais de l’affronter.
Et j’ai encore l’espoir d’arriver à l’affronter.
Pourtant je suis si las de me battre contre ce moulin à vent perpétuel.
Cette aliénation qui me guette à la moindre faiblesse.

Si encore ma vie se résumait à comater chez moi, ce ne serait pas gênant…
Mais si c’est pour encore ruiner la joie de vivre de mes parents… Qui ont déjà plein de perspectives plombantes à gérer… C’est vraiment pas la peine.

Bon.
Bon. On va dire que je vais me reprendre hein ? Que je vais réussir à réguler à nouveau mon sommeil et qu’une fois cela fait, tout ira beaucoup mieux.

Mais j’ai peur d’être déjà en train de glisser trop loin…

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Trop. Trop trop trop trop. Beaucoup trop…

Tout va bien dans ma vie actuellement.
Tout va TROP bien.
Il y a cent fois TROP de choses. Cent fois TROP d’opportunités qui me tombent dessus beaucoup TROP vite, et me foutent beaucoup TROP de pression.

Je suis officiellement le « professeur » de mon club photo. Mon rôle est d’animer un cours d’initiation à la photographie.
Je suis aussi le tenancier de leur blog.
Je suis aussi dans leur bureau. Et leur conseil d’administration du coup.

A côté de ça, on me propose de participer à une exposition hors cadre du club.
A côté de ça j’ai même l’occasion qui apparaît d’avoir un lieu où afficher mes photos, peut-être même les vendre. Ce qui va impliquer plein de démarches auprès de la MDPH.
A côté de ça, le club photo est bombardé d’opportunités auxquelles il répond, et face auxquelles je fais ma part, largement.

J’ai beau être en bonne forme physique… Je dors TROP.
Ce n’est pas un hasard. Tout ça fait TROP de choses d’un coup.
Tout s’accélère.
Il y a même une amie de la famille qui compte m’inviter à la fête de retraite de son mari pour faire des photos de la soirée.

J’adore. Mais tout ça fait TROP.
TROP de choses à gérer.

Et pas assez de temps pour me régénérer. Oui, comme dans les jeux vidéos. Je rêve d’une potion de régénération histoire de récupérer plein de points de vie vite et bien.

Parce que là, je suis comme un personnage avec sa barre de vie entamée d’un bon tiers. Je tiendrai sans mal toute l’année si je m’organise bien. Mais chaque semaine apporte son lot de points de vie volatilisés.

Seulement voilà, au grand jeu de la vie, je suis au mieux un personnage secondaire. Un PNJ à escorter en faisant gaffe pour qu’il ne crève pas en chemin.

Moi, j’peux pas recharger la dernière sauvegarde pour m’attaquer différemment au problème.
Je suis à la merci des héros qui m’entourent et prennent soin de m’escorter.

Tout ça fait beaucoup TROP d’héroïsme.

Alors quoi ?

Alors que les choses se décoincent, que j’ai peut-être, pour la première fois de ma vie, l’occasion de gagner de l’argent avec mes photos, je devrais abdiquer ?
Non. Parce que sinon je m’en voudrais toute ma vie.
Je vais devoir tenir, en espérant ramasser un maximum de potions de vie, en attendant le prochain checkpoint.

Dieu, que les choses sont insensément rapides dans le monde des vivants…

 

Moi, tout ce que j’espérais à la base, c’était faire les choses peinard dans mon coin.
Seulement, je me suis trop fait repérer. Je ne suis même pas sûr qu’il existe UN  commerçant en ville qui ne sache pas à quoi « le type à chapeau et à barbe qui fait des photos harnaché comme un boeuf » ressemble.
Forcément que je me suis fait remarquer. J’suis con.
Mais ça me tient. C’est ce qui fait que je ne m’effondre pas. Maintenant je suis attendu au tournant, et je ne pense pas être vraiment prêt… Si tant est que quiconque puisse l’être.

 

 

C’est TROP pour moi.
Et c’est pourtant ce à quoi j’aspirais.
Je dois être définitivement TROP maso pour être raisonnable.

Et pourtant je vais devoir tenir bon. Coûte que coûte.

Ah ça oui : tout va pour le mieux.
Je n’étais pas prêt pour ce mieux. Même s’il semblerait que j’en aie acquis les compétences…

 

Tant pire.

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Je me souviens…

Je me souviens…

Je me souviens avoir affronté mille agonies.
Je me souviens avoir enduré mille tortures.
Je me souviens avoir hurlé de douleur à en perdre connaissance.
Je me souviens avoir vécu mille guerres, assisté à mille bombardements.
Je me souviens avoir tué des milliers de gens.
Je me souviens avoir contemplé le feu nucléaire ravageant des continents entiers.
Je me souviens avoir réveillé mon sharingan.
Je me souviens avoir laissé mourir un millier d’ennemis agonisants.
Je me souviens avoir vécu mille batailles spatiales.
Je me souviens avoir traversé mille trous de ver.
Je me souviens avoir traversé les étendues cosmiques mille fois plus vite que la lumière.
Je me souviens du Big Bang.
Je me souviens de la fin de toutes choses.
Je me souviens des feux de la Montagne du Destin.
Je me souviens avoir réchappé aux Noces Pourpres.
Je me souviens de mon sabrolaser.
Je me souviens du Côté Obscur.
Je me souviens du jour où j’ai été numérisé dans un supercalculateur.
Je me souviens avoir posé le pied sur Mars, sur la Lune et sur Pluton.
Je me souviens de la légèreté cosmique de ma combinaison d’astronaute.
Je me souviens du poids de mon blaster.
Je me souviens du goût acre du sang dans ma bouche.
Je me souviens être mort mille fois.
Je me souviens avoir sacrifié tout ce que j’avais.
Je me souviens de la gloire, la terrible gloire qui fait perdre jusqu’à la raison et jusqu’au sommeil.
Je me souviens être devenu une divinité.
Je me souviens être devenu un démon.
Je me souviens avoir porté le poids des destinées de milliers d’Univers.
Je me souviens avoir détruit toute forme de vie sur Terre un millier de fois.
Je me souviens avoir manifesté ma forme de Dragon face à des milliers d’ennemis.
Je me souviens avoir brûlé vif des milliers d’innocents d’un seul souffle.
Je me souviens du vent sous mes ailes.
Je me souviens de la barbe de Dürin.
Je me souviens du regard perçant de Sauron..
Je me souviens d’un Angélique Bar.
Je me souviens de planètes oubliées, de montagnes interdites et de plaines secrètes.
Je me souviens de l’Horloge du Temps Suspendu.
Je me souviens de l’éternel Hiver.
Je me souviens de l’étreinte froide de la Non-Mort.
Je me souviens du Trône de Glace.
Je me souviens de la haine qui consume toute pensée, aveugle jusqu’à l’horizon, teinte de rouge sang le monde entier et détruit tout espoir.
Je me souviens avoir causé mille souffrances à mes victimes.
Je me souviens avoir pris plaisir à causer du mal, à provoquer le Mal.
Je me souviens avoir pleuré de rage face à la perte de ceux qui m’étaient chers.
Je me souviens avoir renversé des dictatures, tué des rois, destitué des présidents véreux.
Je me souviens avoir instauré une théocratie depuis mes palais du Néant.
Je me souviens avoir dicté les pensées de toute l’Humanité.
Je me souviens avoir possédé d’un seul regard autant de gens que la Terre peut en contenir.
Je me souviens avoir ouvert mille portails dimensionnels depuis ma chambre d’isolement.
Je me souviens de tant…

… Je me souviens seulement de cela.

Mes anciens délires. Eux dont la substance m’est toujours plus réelle que la réalité de mon quotidien, aujourd’hui encore…

Comment peut-on vivre à ce point dans des phantasmes si irréels que le cerveau ne retient qu’eux ?

J’ai vécu mille fois l’agonie et la mort. J’ai beau savoir qu’il n’en est rien, ces souvenirs restent vivaces. Comme un Univers parallèle, une réalité alternative que je trimballe avec moi…
C’est trop pour moi.

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Après Cuillères et Cuisine, découvrez le nouvel opus de Numenuial : Cuillères et Ménage ! Le fils de la vengeance !

Vous le savez, si vous lisez ce blog depuis un temps certain, ou du moins un certain temps…
Je ne suis pas très régulier avec ce dernier depuis deux ans au bas mot.
En cause : je vais beaucoup mieux qu’auparavant. J’ai intégré avec brio un club photo, ai eu plein de responsabilités dans ce cadre, fais de la photo tous les jours, bref…

En fait si on me regarde au quotidien, c’est normal que personne ne se dise que je suis handicapé, voire que certains pensent que je profite indûment de l’argent de l’Etat.
Parce qu’en réalité je peux faire n’importe quelle action que n’importe qui peut faire…

…MAIS !

Mais pas au même rythme, ni à la même fréquence, ni avec la même régularité.
Pour le dire simplement : on peut tous faire une action qui demande dix cuillères, mais quand on en a douze disponibles par jour, on revoit très vite ses ambitions à la baisse.

Et c’est là qu’intervient le ménage.

Vous allez rire, mais en réalité, je suis capable de faire le ménage tous les jours chez moi, pendant dix à trente minutes,  ce que peu de gens font, il ne faut pas se leurrer. Beaucoup le font une fois par semaine, ou deux fois à la rigueur, pas tous les jours.
Mais bon, y z’ont un boulot aussi, pas moi.

Et pourtant, je suis un roi de la crasse !

Ben oui, surtout depuis les débuts de la maladie. Pour une simple raison de cuillères (souvenez-vous, on en parlait dans l’article précédent).

Beaucoup de gens associent appartement en désordre, sale avec « limitation intellectuelle » ou « trouble mental s’aggravant ».
Mes propres parents redoutent toujours de voir mon appartement sale parce qu’ils ont associé avec leur bon sens (le bon sens : l’autre nom des préjugés) « appartement sale » et « Numenuial en crise ».
Sauf que dans la réalité, ça n’a pas toujours à voir avec « limitation intellectuelle » ou « trouble mental s’aggravant ».

Dans la réalité, il est vrai qu’un appartement où le ménage attend, est un appartement où on se sent moins bien, où on invite peu voire pas grand monde.
Mais dans la réalité, un appartement où le ménage traîne depuis des semaines, ça peut aussi être l’appartement de quelqu’un qui enchaîne les nuits calamiteuses depuis des mois, ou de quelqu’un qui a trop à penser dans sa tête pour avoir l’énergie d’aborder le ménage sans se vider de toute énergie.

De plus, certaines activités apparemment anodines voire non-prioritaires dans la grille de lecture commune peuvent, dans le cadre d’un handicap, se révéler être plus importante que le soin de soi-même ou de son lieu de vie.
En l’occurrence, si je prends toujours soin de me laver au quotidien, tellement cette habitude est ancrée en moi depuis tout petit, il n’en est pas autant du ménage.

Parce que je peux vivre (temporairement) dans un appart chaotique. Sale. Presque dégradé.
Mais par contre, sacrifier UNE sortie photo dans mon coin, ne serait-ce que ne pas prendre de photo de la journée, a TOUJOURS un impact très négatif sur moi, sur mon estime de moi, sur mon énergie et sur mon équilibre mental. Même les jours où je me mets en tête que je suis trop crevé pour en faire, ça ne se révèle JAMAIS être une bonne idée, et je la paie toujours cash pendant plusieurs semaines. Ouais. Plusieurs semaines. Le temps d’accepter à nouveau que je ne suis pas totalement un guignol qui se prend pour un photographe.

La photo m’est indispensable pour mon quotidien. Le ménage peut attendre.
Pourtant, l’absence de ménage, c’est un fait, use lentement le psychisme. TRES lentement. Ce n’est pas ça qui déclenchera une crise ou une dépression (la logique est même plutôt inverse quand le lien est présent), mais ça pèsera un poids certain.

Pour  autant, ces dernières semaines (où le ménage traînait gravement), je n’ai pas connu de baisse significative de moral à cause du ménage. Par contre, avec un sommeil très chaotique, j’ai eu un mal fou à me remettre à entretenir mon intérieur. Dans ce sens-là, ça a agi significativement.

Ce n’est pas un hasard si je suis en plein ménage après ma première nuit de 2018 où je me réveille comme une fleur un peu avant 6h du matin, après avoir dormi normalement (ni trop, ni trop peu) et avoir l’impression de redémarrer du bon pied.

Parfois, j’ai besoin d’hiberner en quelque sorte…

Je suis heureux de mettre un grand coup de propre.
Il était temps.

Mais pendant ces mois entiers à ne rien glander à ce sujet, je culpabilisais à l’idée de ce que diraient « les autres ».

Si je suis handicapé ce n’est pas pour rien.
Ne me demandez pas de faire les choses avec la même énergie que vous. Ou aussi longtemps que vous. J’ai déjà du mal à garder un rythme de retraité sur la longueur…

A ceux qui trouvent que je me la coule douce, que j’exagère, que je devrais me botter le cul :

 

Vous avez sans doute déjà connu une journée « limite » de boulot, où tout le monde vous casse les couilles/ovaires, où votre patron vous engueule, où les passants dans la rue et les automobilistes manquent de vous renverser… La sale journée, quoi.
Souvenez-vous : quand vous rentrez enfin chez vous et que vous vous affalez dans votre canapé, sans plus assez de jus pour supporter de voir votre gamin se téléporter en permanence dans l’appartement après avoir brisé le mur de la lumière, du son et les bornes des limites… Vous n’avez pas spécialement beaucoup d’énergie, non ?

Si quelque chose d’indispensable ne peut pas attendre demain, vous vous en occuperez.
Mais ça va vous épuiser un peu plus et vous rendre peu productif le lendemain.

Bon.
Ben ça en gros, cette « limite » avant la phase critique, c’est mon quotidien.
Vos week-ends après  une dure semaine de labeur, c’est mon quotidien.
Vos vacances où vous récupérez juste assez pour tenir jusqu’à Noël, c’est quand tout va super bien pour moi, où j’ai l’impression de déborder d’énergie.

Je déconne pas.

 

C’est pour ça qu’aujourd’hui, je savoure tranquillement ma journée. Parce que ces « vacances » sont le moment où j’en fais le plus. Où je suis le mieux.

Voilà. C’est ça, manquer de cuillères au quotidien.

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Cuillères et cuisine…

Connaissez-vous la théorie des cuillères ?

En gros et pour faire simple et rapide, c’est une façon simple d’expliquer aux personnes valides (j’allais écrire « normales », preuve que malgré tout, la normalité, la norme, quoi qu’on en dise, quoi qu’on revendique, reste durablement implantée dans les esprits) comment les personnes handicapées, en particulier les personnes souffrant de handicaps leur coûtant une énergie psychique ou physique importante (donc presque toutes les personnes handicapées en fait, soyons clairs. S’il y en a un ou deux qui en réchappent ben tant mieux pour eux…), font pour gérer le quotidien et pourquoi être handicapé est un frein réel à beaucoup de choses,  en particulier le travail.

Vous ramassez dix-douze cuillères (ou plus. ou moins. C’est selon votre appréhension de l’énergie dont vous disposez). Ces cuillères sont votre quantité d’énergie pour la journée.
Et ensuite vous racontez par le menu les choses que vous faites entre le lever et le coucher, depuis le fait de se lever, jusqu’au fait de se faire à manger ou celui de se laver, en passant par l’administratif, les sorties dehors, le temps avec les amis, la cuisine, etc…
Et à chaque tâche que vous accomplissez, vous retirez un certain nombre de cuillères afin de représenter l’énergie dépensée pour l’accomplir. Cela peut aussi bien être zéro ou une que quatre ou dix.

Et rapidement vous vous retrouvez à sec de cuillères voire obligé de faire un crédit de cuillères pour simplement terminer la journée… Avec ce que ça implique comme conséquences pour le lendemain…

 

Bon. C’est ça le principe de la théorie des cuillères.

Cette « théorie » vient de me revenir. Il est midi et vingt-huit minutes, j’ai faim et je me suis dit que j’allais faire une crêpe.
Déjà, faire de la cuisine du niveau « placer une galette du commerce dans une poêle, casser un oeuf, mettre du gruyère râpé et une tranche de jambon », c’est de la haute cuisine pour moi.
Pas parce que c’est trop élaboré. Juste parce qu’en général j’ai pas l’énergie à faire de la cuisine par moi-même. Les plats préparés sont une bénédiction pour moi. Sans eux je galèrerais à me faire à manger tous les jours. Pas assez de cuillères.

Bref. J’ai aussi un tas de vaisselle à faire.

Donc je m’apprêtais à la faire. Hop un peu de musique dans les oreilles et à la vaisselle !… Ou pas.

Pendant trente minutes je suis resté groogy comme un con devant mon évier à contempler les assiettes sales.
Ce n’était pas une question de flemme. La flemme je connais, comme sentiment. Comme tout le monde.
Là, c’était juste que je suis quasiment à court de cuillères. Qu’il me faut encore sortir tantôt faire des photos, que ça va m’en coûter, que j’ai aussi potentiellement du travail bénévole qui m’attendra à mon retour chez moi… Et que je viens de me taper une nuit gris très très clair.
Donc non content de partir avec moins de cuillères que d’ordinaire, j’ai potentiellement besoin de plus de cuillères que d’habitude pour boucler ma journée.

Et là, faire la vaisselle ET me faire à manger… J’y arrive pas.
Je ne sais même pas comment je vais faire. Si je vais réussir à faire les deux tâches, si j’en ferai une ou aucune. Si je vais manger quelque chose de déjà préparé via un saut au magasin, ou si je vais rester le ventre vide parce que trop crevé de toute façon pour avoir faim.

Cela fait depuis la début décembre 2017 que j’ai l’impression de ne jamais arrêter, de ne pas avoir un peu de temps pour récupérer.
Chaque semaine, un nouveau truc. Chaque mois, un nouveau défi.

Moi il me faut au moins deux à trois semaines d’inactivité, deux à trois semaines sans un cerveau en plein surrégime constant pour qu’enfin je souffle un coup.
Cela fait CINQ MOIS que j’aspire à souffler.

Et là, ce midi, j’arrive pas à savoir si je vais manger ou pas.
Parce que je suis claqué.

Je sais que je réussirai bientôt à faire la vaisselle et qu’alors garnir des crêpes ne sera pas trop difficile.
Mais en attendant, aujourd’hui, c’est au-delà de tout.

Ah oui ! Et faut que j’aille me laver.
Et ça aussi ça me coûte aujourd’hui. Même si ça fait du bien, et même si je le ferai dans tous les cas. Aujourd’hui ça aussi représente un réel effort.

POUCE !

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Numenuial II : Le Retour !… En tout cas pour aujourd’hui

Bon euh… Bonjour à tous !

Je me présente, je me surnomme « Numenuial » et je tiens un blog..ahem ahem…

Oui bon, ça va hein ! J’ai le droit aussi d’avoir trop peu à dire pour le mettre à jour ce p’tit coin d’internet.
Et puis jusque là, résumer ce qui s’est passé serait terriblement chiant, puisque les jours se ressemblent tout en étant tous différents, et au final la schizophrénie ne m’a pas spécialement gêné depuis la dernière fois… Ou presque.

Parce que bon, on ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure : c’est trop banal et inintéressant. Alors on va faire comme partout ailleurs, on va parler du dernier train à la bourre dans ma vie. Et c’était le train d’hier.

Hier, j’avais un état grippal. Oui. C’est une nouvelle terrible, j’en conviens aisément. A vrai dire, je n’en reviens toujours pas d’être ici, à écrire sur mon clavier, depuis le calme de chez moi, mon p’tit chat en train de roupiller sur un fauteuil pas loin, alors qu’une personne raisonnable (donc de sexe masculin EVIDEMMENT ! Comment ça un sarcasme ? Pas du tout !) serait déjà en train de se traîner en rampant aux urgences afin de réclamer une place en réanimation après avoir demandé en vain l’intervention de la police, des pompiers, du GIGN et de la Garde Nationale américaine face à son incroyable détresse dite de la grippe d’homme !

 

Alors oui, je suis sarcastique, un peu gratuitement, mais de fait j’ai une grosse envie de sarcasmes suite à cette journée d’hier.
Mais pour comprendre cela, il faut remonter dans l’Histoire :

 

Il y a deux semaines, je reçois chez moi un coup de fil de Psy Carré. Dame Eddard Stark, c’est assez inhabituel ! Je réponds et le voilà qui m’explique qu’outre ses responsabilités de psychiatre au sein du CMP, il est aussi responsable de l’Hôpital de Jour du secteur, et que ce dernier dispose d’un atelier photo. Et c’est là que j’interviens, car il a pensé que, puisque j’avais quelques légères compétences en photographie, je pourrais m’organiser avec les infirmières responsables de l’animation de cette activité pour faire deux petites interventions afin d’apporter une partie de mes savoirs et savoir-faire en la matière.

Re-Dame Eddard Stark ! Me voilà catapulté Intervenant extérieur en tant que photographe au sein de l’HDJ local.
Bon, alors comme je vous l’ai dit un peu plus haut, et vu que l’ensemble des trains étaient arrivés à l’heure dans ma petite vie étriquée, je me suis dit que j’allais faire cet effort pour deux raisons :

 

-Primo : ça renforçait ma perception de moi-même comme étant légitime à me présenter comme photographe, fût-ce amateur.
-Secundo : ça me permettait surtout de rendre au CMP et à l’HP local une partie de ce qu’ils m’avaient donné, en particulier la possibilité de vivre sans trop souffrir et d’être plutôt bien soigné en cas de crise, malgré les insuffisances budgétaires qui minent l’ensemble du secteur hospitalier et particulièrement le secteur psychiatrique.

Surtout, ce que je voyais, c’était que ça me permettait de soutenir mes autres camarades d’infortune, ceux qui passent leur temps à l’HDJ et n’ont pas eu la chance que je peux avoir dans tous les niveaux de ma vie sociale. C’est peut-être con ou risible, mais s’il y a bien des personnes dont je me sens vraiment proche, ce sont les autres personnes souffrant de troubles psy. Mais j’ai toujours une peur, celle qu’il s’agisse d’une forme de paternalisme déguisé, et ça je n’en veux pas. Je voulais qu’ils me voient comme je suis, c’est à dire quelqu’un qui a une trajectoire, des expériences, des souffrances communes avec eux.
Et déjà ce « eux » me posait problème. Je m’imaginais dès le départ dans un rapport de « moi à eux » là où j’espérais arriver à un « nous ». Sans pouvoir totalement l’atteindre puisque j’étais extérieur à l’HDJ. Braÿf.

Peu importe donc. J’appelle l’HDJ le lendemain, conviens d’un rendez-vous pour me présenter aux participants à l’atelier, quelques jours encore plus tard.

Le jour dit, à 15h, je me pointe à l’HDJ, tant bien que mal, en errant un peu dans l’HP local (oui d’ailleurs : quelle idée géniale d’isoler un hôpital de jour dans l’enceinte de l’HP et plus précisément TOUT AU FOND de ce dernier…) et je sonne.
On m’accueille, j’arrive au sein de leur atelier, je me présente, et direct : je parle de mon parcours, comment de mes 16 ans jusqu’à mes 26 ans, je galère entre hospitalisations et essais de traitements, comment après la dernière hospi en date, je commence à sortir la tête de l’eau grâce à la photographie et comment j’en suis venu à devenir photographe amateur passionné par cette discipline au point de marcher pour faire des photos TOUS.LES.JOURS.

J’dois vous avouer qu’ils étaient assez étonnés de la lourdeur de mon traitement comparé à ma stabilité.

Mais bref. Une heure se passe durant laquelle nous faisons le point sur ce que je peux leur apporter comme aspects techniques, artistiques, sur leur (peu de) matériel, et sur la sortie qui pourrait être tentée dans les jardins de ma ville Normande pour prendre des fleurs en photo !

Rendez-vous était finalement pris pour… Hier. Date où j’allais aider à encadrer le groupe de l’atelier photo de l’HDJ en leur donnant de doctes conseils sur le cadrage, la manière de se positionner, de raisonner sa photo, et des tas d’autres détails…

Hier matin, je me lève à 4h. Début de la grippe d’homme. Je me sens patraque, nauséeux, glaireux et passablement moyen. Je décide quand même de prendre un peu d’aspirine pour voir. Je sais que ce genre de sensation ne m’est pas étranger : au temps du lycée, les matins étaient tellement difficiles pour moi que le simple fait de manger m’était impossible sans régurgiter mon petit déjeûner dans les minutes qui suivaient. Question angoisses, je me défends.
Donc, je prends mon aspirine. Je constate que ça va mieux. A ce stade j’hésite à prendre un xanax, des fois que ce serait du stress, mais je me ravise, car je ne me sens pas inquiet pour la suite des événements.
La matinée se passe en douceur, puis vient midi et demi. Je commence à prendre mes affaires et me dirige vers le centre-ville, direction l’HDJ où on m’attendait à 13h30. Un peu de marge, c’est idéal quand on a l’angoisse de la ponctualité comme moi.

Arrive 13h30. A cette heure, j’étais devant l’HDJ depuis dix minutes, assis sur un banc, profitant du soleil, prêt à intervenir.
Après un rapide café des infirmières, nous commençons la sortie. Je me permets de leur demander de faire très attention à tout ce qui pourrait relever de la géométrie dans leur champ de vision : tout ce qui est lignes, courbes, formes simples, etc… Car en photo, ces éléments graphiques simples sont autant de moyens de donner un peu de dynamisme à l’image.

Et puis nous commençons à photographier des fleurs. D’abord à l’intérieur de l’HP. Nous repérons quelques endroits vraiment intéressants. Puis dans un des parcs du centre-ville…

Et pendant tout ce temps, je souffre en silence. Parce que, même si je ne me sens pas à proprement parler malade, même pas exactement d’une « vraie » grippe d’homme, je sens bien que je suis très moyen. Plus le temps passe, plus la tête me tourne, plus je me sens courbatu.

Finalement, je me sépare de ce groupe (visiblement plus que ravi par mon intervention) après un verre de citronnade de retour à l’HDJ et une prise d’e-mail pour voir le résultat final de leurs photos, quand ils auront fait le tour de leurs sorties de printemps…

Affaire à suivre, donc…

Décidant de me traîner jusque chez mes parents, je sens une vague de fatigue, de tournis et des jambes en plomb qui me tombent dessus. Le retour vers mes parents se fera un peu lentement, accablé par la chaleur (rendez-vous compte : 20°C ! Je ne supportais pas ! Alors que trois jours plus tôt je marchais 15km à 30°C en plein soleil), mais bon, ça le fait. Il suffit juste de se dire qu’on va pouvoir se poser un peu dans leur salon ou dans leur jardin.

Dont acte.
Après une pause réglementaire d’une heure chez mes parents, je décide de prendre une bonne fois pour toutes, le chemin du retour vers chez moi et mon chat.

Bizarrement je me sens bien mieux sur le chemin.
Bizarrement aussi, au moment où je franchis le seuil de mon appartement, je me rends compte que je ne me sens plus du tout : ni fiévreux, ni glaireux, ni lourd, ni courbatu, ni ayant la tête qui tourne ou mal à la peau…

Diantre ! J’ai déjà entendu parler des grippes d’homme, mais de là à parler d’une grippe qui ne passerait pas les frontières de chez moi ?

Et puis, je comprends.
Je comprends que même si, consciemment, je ne me sentais pas très stressé, ni même vraiment inquiet, il était quand même bizarre que je me sente particulièrement patraque avant mon intervention, un peu après, nettement moins pendant, et qu’une fois le dossier clos, je retrouve comme par MIRACLE ! toute l’énergie que j’avais perdue…

Mon cerveau est un connard.
Mon cerveau, plutôt que de me faire vivre une angoisse identifiable, m’a imité les symptômes d’une grippe d’homme (sans rhume ! c’est pas un hasard) pour me faire comprendre que c’était le quasi maximum de ce que je pouvais gérer.
Ok, cerveau. Ok. Visiblement tu me fais un gros doigt à mes rêves d’un jour travailler, mais ok. Je prends note. Apparemment, même simplement faire ça pendant 2h30, c’est trop te demander. Alors que c’était TA SPECIALITE !

Enfoiré va.

 

Bon, aujourd’hui, ça va mieux. Mais du coup, j’ai une grosse envie de sarcasmes. Notamment envers mon cerveau.
Y a que ce matin que je sens la tension nerveuse et physique retomber.
Tsss…

La vie active devra encore attendre…
Quelle merde.

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Normalité…

La normalité…

C’est une notion terrifiante. Presque totalitaire, et en tout cas complètement autoritaire.

C’est elle qui décide qui est dans les rangs et qui doit en sortir. Qui peut encore espérer y rentrer, qui est totalement légitime à faire partie du rang depuis sa naissance et qui n’aura pas la moindre chance d’en faire partie.

Récemment, j’ai remarqué que dans le petit microcosme des schizonautes, il y a un récurrence du terme de normalité, avec diverses variantes. Ce n’est pas une récurrence nouvelle, elle est en réalité là depuis l’invention de la « démence précoce ».

 

Mais elle continue à hiérarchiser notre rapport à tous, et en particulier le rapport que NOUS schizophrènes et plus généralement NOUS fous, entretenons avec le reste de la société.

Jadis un certain Omeyocan sur les forums doctissimo parlait de « normopathes », c’est un terme qui est entré depuis très longtemps dans le langage de nombreux fous.
Normopathes.
Une façon simple et efficace de renverser la logique « normal vs anormal » en pointant du doigt la déraison banale des « normaux ».
Parce que ce sont les normaux qui nous définissent, qui nous traitent de fous.
Et nous sommes tous tellement baignés là-dedans depuis le début de notre vie que, quand nous évoquons le cas de personnes non-folles, on dit « les gens normaux ».

« Les gens normaux ». Par cette simple assertion, on s’accuse soi-même d’être anormal.
Bien sûr que « les autres sont normaux ». Puisque ce sont eux qui définissent ce qu’est la norme, ou plus exactement parce que c’est par rapport à eux que se définit la norme.

« Eux », ce sont de curieux personnages, souvent résumés à un stéréotype.

Celui du mâle hétéro cisgenre blanc et neurotypique, qui a un crédit sur le dos, entre trente et quarante ans, une femme, un à trois enfants, un chien/chat, deux voitures et un CDI.

Oui. Lui.
Encore et toujours le même.

A force d’entendre parler de cet archétype, on pourrait finir par se dire que cette image n’est qu’une moyenne abstraite.
Mais non, il n’est pas abstrait.
Regardez autour de vous : combien de vos collègues correspondent à cette description ? Combien de vos apparentés ? Combien de vos amis ?

Le Normal. Il tire sa force du fait qu’il ne dépasse pas du rang.

Et nous, pauvres idiots de schizophrènes qui réclamons plus de considérations pour notre personne, nos particularités, notre handicap, nous nous désignons nous-même indirectement comme anormaux.

Si ce n’est pas ça, la définition de la psychophobie : un système de pensée qui se met en place dès la prime enfance, qui s’enracine dans la langue, dans les préjugés et les relations humaines, et qui structure non seulement le rapport des Normaux aux Anormaux, mais en plus structure le rapport des Anormaux aux Normaux.

Ben oui : comment voudriez-vous vous hisser à la hauteur d’un stéréotype vivant du  » type Normal  » quand même votre langue vous qualifie vous-même comme anormal ? Comme inférieur ?
Le langage, encore plus que les actes, structure notre personnalité.
Nous sommes victimes de nous-mêmes autant que nous sommes victimes des autres.
Parce que nous avons pour tout outil d’expression de notre différence qu’une notion Normal vs Anormal.

Les gens normaux…

 

Les gens normaux…
Nan mais sérieux ? On parle quand même des gens qui ont élu Trump et Macron. Des gens qui appellent de leurs voeux la guillotine et la perpétuité réelle, l’abolition de l’Etat de droit et la xénophobie la plus débridée.
On parle des mêmes qui vont gober du sucre en espérant être soignées de tous les maux possibles.
On parle des mêmes qui croient que l’Homme n’est jamais allé sur la Lune.
On parle de ceux-là qui vous sortent sans rire que la foi guérit de la schizophrénie, parce que ce ne sont des esprits malins qui la causent.

Oui, on parle de cette folie ordinaire, cette folie respectable… Cette folie normale. Celle qui ne dérange pas parce qu’elle n’est cousue que de mots et d’actes anodins. Jusqu’à la rupture…

Les gens normaux.
S’ils sont normaux, alors moi je suis le prochain président des Etats-Unis d’Amérique.
Normal, ça ne veut rien dire, on le sait tous. Pourtant plus on le répète plus on se convainc qu’au contraire… Ça veut tout dire.

Ça veut dire ce qu’est notre système social : ça veut dire ce qui est accepté, ce qui est mal vu, ce qui est refusé, ce qui doit se faire, ce qui peut se faire, ce qui doit être pensée, ce qui peut être pensé, ce qui va de soi, ce qui est de l’ordre de la controverse ou du consensus, ce qui est de bon goût, ce qui est vulgaire, ce qu’il faut connaître, ce qui est une connaissance et ce qui ne l’est pas, quand bien même il y aurait un consensus scientifique, ce qui a sa place chez nous, ce qui ne l’a pas, ceux qui ont leur place en société, ceux qu’on doit enfermer, ceux qu’on doit expulser, ce qu’on doit sacrifier, ce qu’on doit conserver, ce qui doit disparaître, ce qui doit rester, ce qui est légitime, ce qui ne l’est pas, ce qu’est la légitimité, ce qu’est la vérité, le beau, le juste, le bon, le concret, l’utopique, ce qui est, ce qui n’est pas…

… En bref, ce qui est normal et ce qui n’est pas normal.

 

Ce n’est pas un simple stéréotype.
C’est une prison.

Et ça me fout en l’air d’enfin mettre des mots sur le fait que nous autres, schizophrènes, souvent si fiers, pour peu que nous soyons stabilisés, souvent si fiers, disais-je, d’être différents, d’avoir un parcours fait de chemins de traverse, d’avoir une utilité sociale  choisie et désirée, d’avoir réussi chacun à notre façon à nous faire une place en ce monde ou à tout le moins d’avoir continué à nourrir ses rêves d’enfant, d’avoir une place que peu de gens ont, celle de personnes dont on accepte l’inactivité professionnelle et, ainsi, la réinvention de la vie par d’autres prismes, sous d’autres lumières, avec d’autres arcs-en-ciels… Nous autres qui nous démenons mille fois plus que quiconque pour mériter le droit d’exister socialement… Nous nous enterrons nous-mêmes en nous laissant définir par les « Normaux ».
Eux sont les Normaux. Nous sommes les anormaux.

Quoi qu’on fasse, on a toujours les deux pieds coulés dans le béton, prêts à être jetés au large du Vieux Port de Marseille. Et pour une fois, la police aura raison de ne pas exclure la thèse du suicide… Parce que ces mots de béton qui nous maintiennent malgré nous à notre petite place d’handicapés, d’assistés, d’anormaux… Ce sont nous qui les acceptons.
Et ce n’est pas juste en changeant NOS mots que nous réussirons à nous en dégager…

…Mais il faudra bien commencer par là. Tant qu’il est encore temps.

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