Nouvelle année passée, meurtre romancé et petits trollinets !

Messieurs dames, c’est officiel.
Je fais partie du game : j’ai eu mes deux premiers trollinets en commentaire.
Bon, autant le dire de suite, ils sont partis dans les profondeurs insondables et pleines de microbes de l’oubli. Entre celui qui me traite de parasite, et celui qui croit que je suis un infirmier psy (what ?) effrayé par la folie (say what ? O_o)…
Ca me fait un peu l’effet d’avoir atteint un achievement ! Il me faudrait un trophée Xboîte pour la peine !

 

 

Bref.
L’année a bien commencé, et voici qu’une petite polémique sauvage surgit du milieu de nulle part. Sur Konbini et sur la chaîne de je ne sais plus quel YouTubeur surgit une vidéo cachée dans les hautes herbes : une interview d’une femme ayant tué son enfant de quasi 3 ans parce que « lourdement handicapé ».

J’ai vu cette vidéo au pif de mes pérégrinations sur Internet.
Et ça m’a mis mal à l’aise.

Mal à l’aise parce que d’un côté, je voyais ce que cette femme voulait dire, ce qu’elle pensait, ce qu’elle ressentait vis-à-vis de cet acte.
Et d’un autre… ben, je vous laisse avec cet excellent résumé de Vivre Avec, qui vient de sortir :

 

 

 

 

(Vivre Avec, c’est bon : mangez-en.)

Et en fait ouais je « comprend » ce que cette femme a voulu dire, porter comme message.

Celui que « toute vie ne vaut pas la peine d’être vécue ». Que « la vie à tout prix », ça a ses limites.

Les limites d’un ami de la famille, mort récemment du cancer, mort en ayant souffert et en ayant décliné plus qu’il ne le désirait.
Mais je ne m’étendrai pas sur ces limites-là. Je vais parler des miennes.
De celles qui font que pour MOI, la vie à tout prix ça a aussi ses limites. En tout cas MA vie à tout prix.

Lors de mes dernières crises j’étais harcelé par des nazgûls, des zombies, des ombres malfaisantes, terrifiantes. Ces créatures infernales me menaçaient, me torturaient, et me faisaient perdre le sommeil « car dans le sommeil elles me dévoreraient », pensé-je.

Enfermé dans ma tête, enfermé chez moi ou enfermé en isolement, ça n’avait aucune différence. C’était un cauchemar vivant.
Je sais que certains psychotiques peuvent finir par basculer totalement dans le délire et n’en pas ressortir.

Autant le dire comme ça : délirer jusqu’à ma mort dans ce genre de thématique… Non merci. C’est déjà cauchemardesque, traumatisant à souhait, de vivre ça une semaine ou deux… Toute une vie, non.
Moi, je ne le souhaite pas.

Et effectivement, ce que dit cette mère s’entend. D’autant plus qu’elle affirme (sans aucune ambiguïté) que son enfant était un vrai « légume » et que la seule vie qui l’attendait après elle serait une vie de maltraitance institutionnelle. Car oui, la première maltraitance, la première violence validiste, handiphobe est sociétale et institutionnelle.

En tout cas en général.
Pasque là…

Pasqu’on ne sait foutrement RIEN du handicap de cet enfant mort il y a 32 ans.
Pasqu’on sait juste que c’était un handicap « lourd », comprendre : c’était un boulet pour elle.
Et surtout parce qu’actuellement, cette histoire triste à en fendre l’âme… et qui est déjà assez glauque comme ça… Sert de support à la vente d’un bouquin. Et à tout le matraquage publicitaire autour.

Messieurs-dames : la décence vous salue bien !

Je disais plus haut : je préfère ne pas vivre une vie de délirant 24h/24 jusqu’à ma mort, plutôt crever.
Oui.
Mais comme dit par Margot de Vivre Avec, c’est pas aux autres de décider de notre mort.
Au visionnage de la vidéo de cette femme qui a tué son enfant, on tricote, on suppose, on suppute, que son enfant était un légume, incapable d’évolution, incapable d’être autre chose qu’une sorte de plante verte à nourrir.

Et c’est à partir de ce présupposé invérifiable qu’on nous vend « le don de la mort » comme légitime, valable, voire altruiste.

Mais peut-être était-ce tout ce qu’on a dit à cette femme. Peut-être ne sait-elle rien d’autre sur ce que vivait son fils. Peut-être croyait-elle vraiment que son fils était une plante verte désarticulée.
Et dans ce cas cela nuance sincèrement et significativement les gémonies auxquelles beaucoup semblent vouloir la vouer.
Non pas qu’elle n’ait pas commis un infanticide.
Mais qu’au final, une part de la responsabilité vient des institutions, des médecins, de la société elle-même, faisant de cette femme à la fois une victime des préjugés handiphobes de la société et son bras armé, conduisant à un drame plutôt… terrible… et à une cynique conclusion et récupération sous la forme d’un « livre-choc ».

Autant le dire : tout ça est beaucoup trop glauque pour cette heure matinale de 1h07 du matin.

Et pourtant…

…Pourtant ouais : toute vie ne vaut pas la peine d’être vécue.
Plutôt crever que d’être un aliéné jusqu’au restant de mes jours.
Plutôt crever que de délirer toute ma vie.
Plutôt crever que de lutter contre le sommeil jusqu’à la folie totale et définitive.

Toute vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

… Encore faut-il que l’on soit la première personne concernée pour en juger.
Ce n’est pas rendre un service que de tuer quelqu’un sans son avis, même si on juge que sa vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

Pour citer un Al Crane d’Alexis (à ne surtout pas mettre entre toutes les mains : c’est un parangon de mauvais goût) : « le suicide ce n’est légal que si le macchabée s’est suicidé tout seul. ».
Autrement c’est un meurtre.

Alors certes, n’importe quel tribunal lui aurait trouvé masse de circonstances atténuantes. Certaines (peut-être) légitimes, d’autres bien plus discutables m’est avis.

Dans tous les cas, cette histoire est assez amère.
Tuer son enfant parce qu’il est « lourdement handicapé », ça révèle au moins autant la handiphobie de la mère que le validisme de l’ensemble de la société.
Ca montre que la violence envers les handicapés n’est pas près de s’éteindre, et qu’on est même capables de romantiser cette violence en faisant mine de nous faire un cadeau en nous tuant… Mais si vous savez… On « abrège nos souffrances ». Trop aimable.

Clairement, ce genre de discours, s’il s’entend et se comprend en prenant le parti des préjugés sociétaux sur le handicap, il reste néanmoins terriblement glauque quand on s’arrête cinq minutes sur ce qu’on sait, ce qu’on croit comprendre, ce que la dame interviewée semble savoir, ce qu’elle croit, ce qu’elle veut faire passer comme message, et les buts mercantiles qu’il y a derrière tout le reste.

C’est un agréable gloubli-boulga de violences sociales, sociétales, institutionnelles, de validisme… Qui pousse une femme à commettre un meurtre… Et à finir par en parler comme d’un acte altruiste, parce que perçu de sa seule lucarne, et à vendre des bouquins à ce sujet.

Bon appétit !

PS : oui, en effet, mon discours semble atténuer grandement la culpabilité de cette femme. Ce n’est pas le propos. Le propos c’est de voir « la source du mal » qui est derrière cette histoire, et qui n’est pas cette femme seule, qui n’a pas décidé de faire ça simplement par flemme d’élever son enfant (enfin j’espère VRAIMENT que ce n’est pas ça)… Mais qu’il y a toute une société et tout un tas d’oppressions systémiques derrière.
Malgré tout, c’est elle qui a commis l’acte, en toute conscience. C’est elle qui en parle sur konbini et qui vend des bouquins à ce sujet. C’est elle qui romantise cet acte comme s’il était d’un altruisme fou, etc…

Effectivement, elle n’a fait qu’intérioriser la violence validiste de la société jusqu’à l’absurde. Ca ne veut pas dire qu’elle est innocente. Mais ça veut dire par contre qu’elle assume pleinement le fait d’être un porte-voix revendiqué de ces violences validistes…
Ca par contre, j’ai du mal à y voir une simple attitude de victime pure. C’est aussi l’aspect vicieux de toute violence : ça peut transformer une victime en bourreau.

Bref.

Et bonne nuit à tous ceux qui dorment du sommeil du juste !

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Et un petit hors-sujet spécial « genre » histoire de fêter la Nouvelle Année !

Hum. Bonjour.

Je m’appelle « Numenuial », même si ce pseudo ne me correspond que sur cet espace virtuel que vous lisez présentement. Mes autres identités sur Internet sont nombreuses, et variées au fil des années, bien que disposant toujours d’un éternel fil conducteur entre elles.

Oui, c’est ENFIN le premier post de 2019. Dieu sait qu’il s’est fait désirer.
Alors tout d’abord : bonne année 2019 ! J’espère que cette année vous comblera d’aise et de projets réussis. Pour ma part, j’hésite à espérer cela ou à craindre de glisser lentement mais sûrement vers le surmenage (malgré le peu d’activités que j’ai à affronter, que ce soit en nombre, en intensité ou en temps consacré.).

Bref. Cet aparté étant fait, passons aux choses sérieuses.

Vous savez, je suis un type ouvert d’esprit : globalement féministe, comprenant que les transgenres ne sont pas malades psy, que les autistes non plus, qu’au final on vit sa vie comme on l’entend tant qu’on ne fait pas de mal aux autres… La base, quoi.

Surprise ! Vous posez la question aux gens autour de vous, tous diront la même chose. Certains tiqueront en comparant le féminisme à un militantisme anti-hommes, ou/et en rétorquant qu’eux sont simplement pour l’égalité des sexes… Mais bref : même l’extrême droite n’ose pas dire qu’elle est pour l’inégalité des sexes, les plus hardcore diront que l’homme et la femme sont « complémentaires », tout en étant égaux en droits.
Même si ça revient à se satisfaire que dorénavant les battes de baseball cloutées ont été remplacées par des tasers… Bon, ça reste un « progrès ».

Pourtant : quid des actes homophobes, sexistes, du validisme, de la psychophobie, de la transphobie, et de toutes ces pensées, ces actes, ces morts causés par le refus de respecter le droit de son prochain d’être qui il est, ou qui il veut être, tant qu’il ne fait de mal à personne ?

Et cette question n’est pas tant éloignée que ça du stigma social des schizophrènes… mais bref.

Ce tantôt, en me baladant, je me suis fait une réflexion -venue a priori de nulle part, mais preuve quand même qu’à force de lire des trucs sur ces sujets, on finit par se poser des questions intéressantes- qui m’a frappé par mon incapacité à y répondre.

Pourquoi, bon dieu, POURQUOI : Pourquoi y a-t-il des cases « Monsieur » et « Madame » sur les formulaires officiels ou commerciaux les plus variés ? POURQUOI ?

Souvenez-vous déjà de la fois où le féminisme a réussi à supprimer la case « Mademoiselle » des formulaires officiels. On le disait très bien à l’époque : Cela ne regarde personne, de savoir si on est mariée ou pas.

Alors posons-nous la question : A QUOI CELA SERT-IL DE SAVOIR QUE MACHIN EST UN HOMME ET MACHIN UNE FEMME ?

 

Sérieux : ne sommes-nous pas égaux devant la loi ? Vous savez, c’est même gravé au fronton de pas mal de bâtiments officiels : « EGALITE ».

D’ailleurs, vous aurez peine à trouver des lois qui s’appliquent spécifiquement aux hommes ou aux femmes. On trouvera généralement des formulations neutres sur le thème « discrimination en raison du genre » ou « en raison du sexe ».
On trouvera bien des formulations différenciées dans tous les articles autour de la conception d’un enfant (et cela va certainement disparaître progressivement avec le temps) mais sorti de ce domaine très spécifique, en effet : qu’est-ce que la loi en a à foutre que Michèle soit une femme, quand il faut lui verser une APL ? Qu’est-ce que la loi en a à foutre que Martine soit un homme ?

 

J’en étais à cet état de ma réflexion quand, il y a une vingtaine de minutes à peine, je tombe sur Guynotaguy, sur YouTube. Je l’avais déjà entr’aperçu.e sur la chaîne de Vivre Avec. C’est une personne transgenre (d’ailleurs, si jamais par miracle tu tombais sur ce texte, Guy : hésite pas à me dire comment me corriger au sujet de tes pronoms et tout et tout, s’il y a besoin : je suis novice, et j’ai pas pris le temps de regarder ta chaîne, maintenant que je sais qu’elle existe, j’ai direct voulu faire ce pavé kilométrique !) et sur cette vidéo que j’ai visionné, iel pousse un long ras-le-bol sur « le passing ».

Plutôt que de paraphraser Guy :

 

Donc j’en étais là, au moment des questions qui traînaient depuis ma balade dominicale.

Et je visionne cette vidéo.
Diantre ! Alors que je SAVAIS pertinemment que le genre de Guy n’avait aucune importance dans cette vidéo (la seule information utile étant que Guy est transgenre, ce qui suffit largement en termes de légitimité)… J’me suis posé une question…

…Une question bizarre, et qui me mettait foutrement mal à l’aise vis à vis de moi-même.
Pasque oui j’me suis demandé ce qu’était l’assignation de Guy à la naissance.
Ou dit plus trivialement « qu’est-ce que Guy a entre les cuisses ».

Autant dire que sa charge magistrale sur le passing m’a fait cogiter.
Parce que bon, le passing est aussi (apparemment) une arme de violence envers les transgenre.

Et c’est là que j’en reviens à la question « A quoi bon deux cases « monsieur » et « madame » sur les formulaires ?
Je me posais la question, et en même temps je savais que l’Etat s’en foutait pas mal.

La réponse est évidente : ces deux cases à la con, en plus d’être inutiles, sont violentes et une preuve de plus que nous vivons dans une société transphobe. Transphobie dont je suis visiblement porteur sans le réaliser.

On peut avoir tous les beaux discours qu’on veut sur l’égalité entre hommes et femmes, entre neurotypiques et neuroatypiques, entre blancs et racisés, entre machin et truc…

Ca ne peut pas marcher.
Les discours, ce ne sont que de bonnes intentions.
Derrière il y a les mots.
Derrière il y a les concepts.
Et à cause de ces deux derniers, il y a l’impossibilité mentale et conceptuelle d’imaginer le monde autrement.
« Si on dit mal les choses, on prend le risque de mal les penser. » a dit un jour Etienne Klein.

Ben voilà : j’ai ma réponse…

Pourquoi « Monsieur » et « Madame » dans les formulaires, alors même que ça n’a aucune importance ?

Parce que le langage.
Parce qu’on a TOUJOURS pensé le monde en « Monsieur » et « Madame ». Qu’on a forgé des langues entières à partir de ces concepts. Et donc qu’on n’est pas en mesure de conceptualiser le monde d’une manière égale. Parce que le langage.

Parce qu’on pense avec ses mots. Ceux qu’on emploie sans y prêter attention.

Autant vous dire que oui, effectivement, quand on se met à voguer dans les mers vastes et passionnantes des luttes féministes, LGBTQIAA+, queers etc… On est limite dans un pays étranger : parce que c’est une langue totalement nouvelle à apprendre. Un peu comme Monsieur Leneuf, votre prof de maths, qui vous apprend à écrire des intégrales.

Alors ouais, effectivement, ça déroute, ça réveille des incompréhensions. Et de la violence. Et des morts. Trop de morts. Parce que oui, on réveille des morts à force de tuer des gens pour ce qu’ils sont. Les morts assassinés, directement ou non, parce qu’ils étaient différents, continuent de hanter le monde des vivants, littéralement ou métaphoriquement. Choisissez votre façon de voir cette phrase.

 

Qu’est-ce qu’on s’en tape que Guy ait une bite ou un vagin.
Qu’est-ce qu’on s’en tape que Eloïse désigne un « Monsieur », une « Madame », un.e transgenre ou même un blob ventriculaire communiste de l’outre-espace.

La charge de scandale des transgenres, ce qui fait qu’il sera difficile de renoncer à ces deux enfoirées de cases « Monsieur » et « Madame », c’est que les transgenres montrent bien qu’en réalité, le sexe qu’on a physiquement entre les cuisses… n’a aucune importance. Qu’il ne devrait y avoir aucune importance dans notre rapport à autrui, pas plus qu’être blond n’entre en ligne de compte ou qu’avoir une main en moins ne devrait être un point de focalisation pour définir quelqu’un. Et qu’au final, la seule vraie question, le seul vrai droit que les individus doivent posséder pleinement et entièrement dans une société qui a des valeurs telles que la liberté, l’égalité et la fraternité sur le fronton d’autant de bâtiments publics… C’est le droit d’être qui on est, d’être qui on veut.

Les cases « Monsieur » et « Madame » ne sont d’aucune utilité pour les administrations.
Par contre, pour des tas de gens, ce sont des prisons.

 

 

J’ai beau être ce qu’on appelle un cisgenre dans les milieux militants… Je souhaiterais vraiment, pour une fois, que ceux qui me lisent prennent vraiment le temps d’écouter ce que Guy et l’ensemble des personnes trans de YouTube ont à apprendre à tous.

Et navré au passage pour ceux qui sont mieux informés et plus avancés que moi sur ces questions : je ne fais que redécouvrir le fil à couper l’eau tiède, j’en suis conscient…

 

Bref…

Vous vous pensez à l’abri des préjugés ? De l’homophobie ordinaire ? Vierges de tout préjugé envers les gens « différents » ?

Ahah. Pauvres fous…

…Oh wait !

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Hello nuit blanche, my ol’ friend…

Je dérape…

En même temps j’espère que c’est juste passager… Comme à chaque fois que je dérape… Mais bon, tout semble aller si bien dans ma vie depuis deux trois ans… Que je m’en suis pris à espérer être stabilisé, et sinon sorti d’affaire, en tout cas en bonne voie de ne plus jamais refoutre les pieds dans un HP…

M’enfin on va dire que c’est le passage à l’heure d’hiver et le manque de lumière, hein ? Hein ?

Ouais, moi non plus j’y crois pas trop.

C’était tellement couru d’avance. Ca fait un an entier que je râle sur la fatigue qui m’a prise, sur les « responsabilités » qui se sont accumulées sur mes épaules, sur les sollicitations à droite et à gauche… Et qui, en plus, ne sont pas tellement nombreuses. Un actif se moquerait de moi et de ma « petite nature de fragile ».

Ca fait un an que « plein » de choses s’enchaînent. Et un an donc que je prétends autour de moi que « ça va se remettre, là d’ailleurs je remonte la pente, c’est bien parti ». Et en fait de remontée c’est juste un petit saut sur-place. Juste de quoi s’élever de cinquante centimètres une demi-seconde pour revenir au même endroit.

Je dors de plus en plus mal. On sait tous comment finit ce genre d’histoires.
Je suis à nouveau hanté par mes musiques préférées, celles qui signalent que je suis moins empli de positivité, et qui, en sus, ont tellement l’art et la manière d’exprimer une petite part de l’angoisse qui me ronge secrètement.

En ce moment, le stress remonte. C’est super hein ? Parce que j’ai pas besoin de stresser pour être déréalisé/dépersonnalisé en permanence, à la base. Sauf que maintenant que j’ai ce stress visible, je suis deux fois plus profondément déréalisé/dépersonnalisé, et c’est un joyeux bordel dans ma tête par voie de conséquence.
J’ai de nouveau du mal à faire la part des choses entre rêves et réalité.
J’ai de nouveau du mal à mesurer le temps qui passe.
J’ai de nouveau du mal à ne pas marmonner tout seul dans la rue, tout à mes pensées.

Je suis crevé 24h/24. Du coup, je dors trop une fois sur deux, et l’autre fois, je dors… Mais très mal, et trop tardivement, genre à 5h du matin.

J’en suis encore à me dire que « je vais me reprendre en main », que « ça va se passer », qu’avec un peu de rigueur et de repos ça va se remettre.
Mais ce n’est pas vrai. Cela ne peut pas être vrai.
Sinon, les vacances m’auraient remis d’aplomb.
La vérité, c’est que je suis en train de déraper à nouveau.

Etape  1 : mal dormir ACCOMPLIE !
Etape 2 : ressasser ses chansons d’insomnies ACCOMPLIE !

 

J’en suis venu à me détester à nouveau, à me convaincre que je ne ferai rien de ma vie, que je mourrai sans jamais avoir intéressé quiconque. A me dire que de toute façon, ma vie ne changera rien pour personne.
Et qu’au fond, je suis un déchet, simplement un machin mort qui se croit intéressant.

Etape 3 : commencer à ressasser des pensées ineptes et morbides ACCOMPLIE !

 

En fait j’ai toujours pas la santé pour assumer une activité qui se rapproche un tant soit peu de quelque chose de sérieux.
Je ne pourrais même pas faire un mi-temps thérapeutique sans craquer au bout d’un mois.
Même un quart-temps serait de trop.
Je ne sais pas comment le dire autrement, mais… ouais, je suis un miroir en morceaux qui se prend pour une psyché complète (ahah : miroir/psyché, je suis tellement spirituel et intelligent et… ouais bon, c’est carrément télégraphié tellement c’est téléphoné. Pardon.).

J’hésite entre m’abrutir au loxapac et continuer ma nuit blanche. Mais je sais que je n’oserai pas prendre de loxapac, quand bien même ça me sauverait ma nuit. Ben tiens : je suis trop con pour prendre mon traitement en toute autonomie, je vous le rappelle.
Mon cerveau est un putain de connard.

Ca va être quoi la suite ?
Plus de voix ?
Des zombies au pied de mon lit ?
Je vais carrément basculer et vraiment croire que je possède un sharingan, comme dans Naruto ?
Ou alors je vais juste me morfondre un peu plus chez moi jusqu’à ce qu’on me retrouve par hasard, momifié dans mon lit, et partiellement bouffé par mon chat ?

Que de joyeuses perspectives, n’est-il pas ?
Sauf que, en effet, les perspectives qui suivent ces insomnies constantes sont aussi réjouissantes qu’une prison française.

Bref. Tout ça fait un peu « litanie de lamentations nocturnes ».
Mais si je ne le dis nulle part, c’est comme si je refusais de l’affronter.
Et j’ai encore l’espoir d’arriver à l’affronter.
Pourtant je suis si las de me battre contre ce moulin à vent perpétuel.
Cette aliénation qui me guette à la moindre faiblesse.

Si encore ma vie se résumait à comater chez moi, ce ne serait pas gênant…
Mais si c’est pour encore ruiner la joie de vivre de mes parents… Qui ont déjà plein de perspectives plombantes à gérer… C’est vraiment pas la peine.

Bon.
Bon. On va dire que je vais me reprendre hein ? Que je vais réussir à réguler à nouveau mon sommeil et qu’une fois cela fait, tout ira beaucoup mieux.

Mais j’ai peur d’être déjà en train de glisser trop loin…

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Trop. Trop trop trop trop. Beaucoup trop…

Tout va bien dans ma vie actuellement.
Tout va TROP bien.
Il y a cent fois TROP de choses. Cent fois TROP d’opportunités qui me tombent dessus beaucoup TROP vite, et me foutent beaucoup TROP de pression.

Je suis officiellement le « professeur » de mon club photo. Mon rôle est d’animer un cours d’initiation à la photographie.
Je suis aussi le tenancier de leur blog.
Je suis aussi dans leur bureau. Et leur conseil d’administration du coup.

A côté de ça, on me propose de participer à une exposition hors cadre du club.
A côté de ça j’ai même l’occasion qui apparaît d’avoir un lieu où afficher mes photos, peut-être même les vendre. Ce qui va impliquer plein de démarches auprès de la MDPH.
A côté de ça, le club photo est bombardé d’opportunités auxquelles il répond, et face auxquelles je fais ma part, largement.

J’ai beau être en bonne forme physique… Je dors TROP.
Ce n’est pas un hasard. Tout ça fait TROP de choses d’un coup.
Tout s’accélère.
Il y a même une amie de la famille qui compte m’inviter à la fête de retraite de son mari pour faire des photos de la soirée.

J’adore. Mais tout ça fait TROP.
TROP de choses à gérer.

Et pas assez de temps pour me régénérer. Oui, comme dans les jeux vidéos. Je rêve d’une potion de régénération histoire de récupérer plein de points de vie vite et bien.

Parce que là, je suis comme un personnage avec sa barre de vie entamée d’un bon tiers. Je tiendrai sans mal toute l’année si je m’organise bien. Mais chaque semaine apporte son lot de points de vie volatilisés.

Seulement voilà, au grand jeu de la vie, je suis au mieux un personnage secondaire. Un PNJ à escorter en faisant gaffe pour qu’il ne crève pas en chemin.

Moi, j’peux pas recharger la dernière sauvegarde pour m’attaquer différemment au problème.
Je suis à la merci des héros qui m’entourent et prennent soin de m’escorter.

Tout ça fait beaucoup TROP d’héroïsme.

Alors quoi ?

Alors que les choses se décoincent, que j’ai peut-être, pour la première fois de ma vie, l’occasion de gagner de l’argent avec mes photos, je devrais abdiquer ?
Non. Parce que sinon je m’en voudrais toute ma vie.
Je vais devoir tenir, en espérant ramasser un maximum de potions de vie, en attendant le prochain checkpoint.

Dieu, que les choses sont insensément rapides dans le monde des vivants…

 

Moi, tout ce que j’espérais à la base, c’était faire les choses peinard dans mon coin.
Seulement, je me suis trop fait repérer. Je ne suis même pas sûr qu’il existe UN  commerçant en ville qui ne sache pas à quoi « le type à chapeau et à barbe qui fait des photos harnaché comme un boeuf » ressemble.
Forcément que je me suis fait remarquer. J’suis con.
Mais ça me tient. C’est ce qui fait que je ne m’effondre pas. Maintenant je suis attendu au tournant, et je ne pense pas être vraiment prêt… Si tant est que quiconque puisse l’être.

 

 

C’est TROP pour moi.
Et c’est pourtant ce à quoi j’aspirais.
Je dois être définitivement TROP maso pour être raisonnable.

Et pourtant je vais devoir tenir bon. Coûte que coûte.

Ah ça oui : tout va pour le mieux.
Je n’étais pas prêt pour ce mieux. Même s’il semblerait que j’en aie acquis les compétences…

 

Tant pire.

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Je me souviens…

Je me souviens…

Je me souviens avoir affronté mille agonies.
Je me souviens avoir enduré mille tortures.
Je me souviens avoir hurlé de douleur à en perdre connaissance.
Je me souviens avoir vécu mille guerres, assisté à mille bombardements.
Je me souviens avoir tué des milliers de gens.
Je me souviens avoir contemplé le feu nucléaire ravageant des continents entiers.
Je me souviens avoir réveillé mon sharingan.
Je me souviens avoir laissé mourir un millier d’ennemis agonisants.
Je me souviens avoir vécu mille batailles spatiales.
Je me souviens avoir traversé mille trous de ver.
Je me souviens avoir traversé les étendues cosmiques mille fois plus vite que la lumière.
Je me souviens du Big Bang.
Je me souviens de la fin de toutes choses.
Je me souviens des feux de la Montagne du Destin.
Je me souviens avoir réchappé aux Noces Pourpres.
Je me souviens de mon sabrolaser.
Je me souviens du Côté Obscur.
Je me souviens du jour où j’ai été numérisé dans un supercalculateur.
Je me souviens avoir posé le pied sur Mars, sur la Lune et sur Pluton.
Je me souviens de la légèreté cosmique de ma combinaison d’astronaute.
Je me souviens du poids de mon blaster.
Je me souviens du goût acre du sang dans ma bouche.
Je me souviens être mort mille fois.
Je me souviens avoir sacrifié tout ce que j’avais.
Je me souviens de la gloire, la terrible gloire qui fait perdre jusqu’à la raison et jusqu’au sommeil.
Je me souviens être devenu une divinité.
Je me souviens être devenu un démon.
Je me souviens avoir porté le poids des destinées de milliers d’Univers.
Je me souviens avoir détruit toute forme de vie sur Terre un millier de fois.
Je me souviens avoir manifesté ma forme de Dragon face à des milliers d’ennemis.
Je me souviens avoir brûlé vif des milliers d’innocents d’un seul souffle.
Je me souviens du vent sous mes ailes.
Je me souviens de la barbe de Dürin.
Je me souviens du regard perçant de Sauron..
Je me souviens d’un Angélique Bar.
Je me souviens de planètes oubliées, de montagnes interdites et de plaines secrètes.
Je me souviens de l’Horloge du Temps Suspendu.
Je me souviens de l’éternel Hiver.
Je me souviens de l’étreinte froide de la Non-Mort.
Je me souviens du Trône de Glace.
Je me souviens de la haine qui consume toute pensée, aveugle jusqu’à l’horizon, teinte de rouge sang le monde entier et détruit tout espoir.
Je me souviens avoir causé mille souffrances à mes victimes.
Je me souviens avoir pris plaisir à causer du mal, à provoquer le Mal.
Je me souviens avoir pleuré de rage face à la perte de ceux qui m’étaient chers.
Je me souviens avoir renversé des dictatures, tué des rois, destitué des présidents véreux.
Je me souviens avoir instauré une théocratie depuis mes palais du Néant.
Je me souviens avoir dicté les pensées de toute l’Humanité.
Je me souviens avoir possédé d’un seul regard autant de gens que la Terre peut en contenir.
Je me souviens avoir ouvert mille portails dimensionnels depuis ma chambre d’isolement.
Je me souviens de tant…

… Je me souviens seulement de cela.

Mes anciens délires. Eux dont la substance m’est toujours plus réelle que la réalité de mon quotidien, aujourd’hui encore…

Comment peut-on vivre à ce point dans des phantasmes si irréels que le cerveau ne retient qu’eux ?

J’ai vécu mille fois l’agonie et la mort. J’ai beau savoir qu’il n’en est rien, ces souvenirs restent vivaces. Comme un Univers parallèle, une réalité alternative que je trimballe avec moi…
C’est trop pour moi.

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Après Cuillères et Cuisine, découvrez le nouvel opus de Numenuial : Cuillères et Ménage ! Le fils de la vengeance !

Vous le savez, si vous lisez ce blog depuis un temps certain, ou du moins un certain temps…
Je ne suis pas très régulier avec ce dernier depuis deux ans au bas mot.
En cause : je vais beaucoup mieux qu’auparavant. J’ai intégré avec brio un club photo, ai eu plein de responsabilités dans ce cadre, fais de la photo tous les jours, bref…

En fait si on me regarde au quotidien, c’est normal que personne ne se dise que je suis handicapé, voire que certains pensent que je profite indûment de l’argent de l’Etat.
Parce qu’en réalité je peux faire n’importe quelle action que n’importe qui peut faire…

…MAIS !

Mais pas au même rythme, ni à la même fréquence, ni avec la même régularité.
Pour le dire simplement : on peut tous faire une action qui demande dix cuillères, mais quand on en a douze disponibles par jour, on revoit très vite ses ambitions à la baisse.

Et c’est là qu’intervient le ménage.

Vous allez rire, mais en réalité, je suis capable de faire le ménage tous les jours chez moi, pendant dix à trente minutes,  ce que peu de gens font, il ne faut pas se leurrer. Beaucoup le font une fois par semaine, ou deux fois à la rigueur, pas tous les jours.
Mais bon, y z’ont un boulot aussi, pas moi.

Et pourtant, je suis un roi de la crasse !

Ben oui, surtout depuis les débuts de la maladie. Pour une simple raison de cuillères (souvenez-vous, on en parlait dans l’article précédent).

Beaucoup de gens associent appartement en désordre, sale avec « limitation intellectuelle » ou « trouble mental s’aggravant ».
Mes propres parents redoutent toujours de voir mon appartement sale parce qu’ils ont associé avec leur bon sens (le bon sens : l’autre nom des préjugés) « appartement sale » et « Numenuial en crise ».
Sauf que dans la réalité, ça n’a pas toujours à voir avec « limitation intellectuelle » ou « trouble mental s’aggravant ».

Dans la réalité, il est vrai qu’un appartement où le ménage attend, est un appartement où on se sent moins bien, où on invite peu voire pas grand monde.
Mais dans la réalité, un appartement où le ménage traîne depuis des semaines, ça peut aussi être l’appartement de quelqu’un qui enchaîne les nuits calamiteuses depuis des mois, ou de quelqu’un qui a trop à penser dans sa tête pour avoir l’énergie d’aborder le ménage sans se vider de toute énergie.

De plus, certaines activités apparemment anodines voire non-prioritaires dans la grille de lecture commune peuvent, dans le cadre d’un handicap, se révéler être plus importante que le soin de soi-même ou de son lieu de vie.
En l’occurrence, si je prends toujours soin de me laver au quotidien, tellement cette habitude est ancrée en moi depuis tout petit, il n’en est pas autant du ménage.

Parce que je peux vivre (temporairement) dans un appart chaotique. Sale. Presque dégradé.
Mais par contre, sacrifier UNE sortie photo dans mon coin, ne serait-ce que ne pas prendre de photo de la journée, a TOUJOURS un impact très négatif sur moi, sur mon estime de moi, sur mon énergie et sur mon équilibre mental. Même les jours où je me mets en tête que je suis trop crevé pour en faire, ça ne se révèle JAMAIS être une bonne idée, et je la paie toujours cash pendant plusieurs semaines. Ouais. Plusieurs semaines. Le temps d’accepter à nouveau que je ne suis pas totalement un guignol qui se prend pour un photographe.

La photo m’est indispensable pour mon quotidien. Le ménage peut attendre.
Pourtant, l’absence de ménage, c’est un fait, use lentement le psychisme. TRES lentement. Ce n’est pas ça qui déclenchera une crise ou une dépression (la logique est même plutôt inverse quand le lien est présent), mais ça pèsera un poids certain.

Pour  autant, ces dernières semaines (où le ménage traînait gravement), je n’ai pas connu de baisse significative de moral à cause du ménage. Par contre, avec un sommeil très chaotique, j’ai eu un mal fou à me remettre à entretenir mon intérieur. Dans ce sens-là, ça a agi significativement.

Ce n’est pas un hasard si je suis en plein ménage après ma première nuit de 2018 où je me réveille comme une fleur un peu avant 6h du matin, après avoir dormi normalement (ni trop, ni trop peu) et avoir l’impression de redémarrer du bon pied.

Parfois, j’ai besoin d’hiberner en quelque sorte…

Je suis heureux de mettre un grand coup de propre.
Il était temps.

Mais pendant ces mois entiers à ne rien glander à ce sujet, je culpabilisais à l’idée de ce que diraient « les autres ».

Si je suis handicapé ce n’est pas pour rien.
Ne me demandez pas de faire les choses avec la même énergie que vous. Ou aussi longtemps que vous. J’ai déjà du mal à garder un rythme de retraité sur la longueur…

A ceux qui trouvent que je me la coule douce, que j’exagère, que je devrais me botter le cul :

 

Vous avez sans doute déjà connu une journée « limite » de boulot, où tout le monde vous casse les couilles/ovaires, où votre patron vous engueule, où les passants dans la rue et les automobilistes manquent de vous renverser… La sale journée, quoi.
Souvenez-vous : quand vous rentrez enfin chez vous et que vous vous affalez dans votre canapé, sans plus assez de jus pour supporter de voir votre gamin se téléporter en permanence dans l’appartement après avoir brisé le mur de la lumière, du son et les bornes des limites… Vous n’avez pas spécialement beaucoup d’énergie, non ?

Si quelque chose d’indispensable ne peut pas attendre demain, vous vous en occuperez.
Mais ça va vous épuiser un peu plus et vous rendre peu productif le lendemain.

Bon.
Ben ça en gros, cette « limite » avant la phase critique, c’est mon quotidien.
Vos week-ends après  une dure semaine de labeur, c’est mon quotidien.
Vos vacances où vous récupérez juste assez pour tenir jusqu’à Noël, c’est quand tout va super bien pour moi, où j’ai l’impression de déborder d’énergie.

Je déconne pas.

 

C’est pour ça qu’aujourd’hui, je savoure tranquillement ma journée. Parce que ces « vacances » sont le moment où j’en fais le plus. Où je suis le mieux.

Voilà. C’est ça, manquer de cuillères au quotidien.

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Cuillères et cuisine…

Connaissez-vous la théorie des cuillères ?

En gros et pour faire simple et rapide, c’est une façon simple d’expliquer aux personnes valides (j’allais écrire « normales », preuve que malgré tout, la normalité, la norme, quoi qu’on en dise, quoi qu’on revendique, reste durablement implantée dans les esprits) comment les personnes handicapées, en particulier les personnes souffrant de handicaps leur coûtant une énergie psychique ou physique importante (donc presque toutes les personnes handicapées en fait, soyons clairs. S’il y en a un ou deux qui en réchappent ben tant mieux pour eux…), font pour gérer le quotidien et pourquoi être handicapé est un frein réel à beaucoup de choses,  en particulier le travail.

Vous ramassez dix-douze cuillères (ou plus. ou moins. C’est selon votre appréhension de l’énergie dont vous disposez). Ces cuillères sont votre quantité d’énergie pour la journée.
Et ensuite vous racontez par le menu les choses que vous faites entre le lever et le coucher, depuis le fait de se lever, jusqu’au fait de se faire à manger ou celui de se laver, en passant par l’administratif, les sorties dehors, le temps avec les amis, la cuisine, etc…
Et à chaque tâche que vous accomplissez, vous retirez un certain nombre de cuillères afin de représenter l’énergie dépensée pour l’accomplir. Cela peut aussi bien être zéro ou une que quatre ou dix.

Et rapidement vous vous retrouvez à sec de cuillères voire obligé de faire un crédit de cuillères pour simplement terminer la journée… Avec ce que ça implique comme conséquences pour le lendemain…

 

Bon. C’est ça le principe de la théorie des cuillères.

Cette « théorie » vient de me revenir. Il est midi et vingt-huit minutes, j’ai faim et je me suis dit que j’allais faire une crêpe.
Déjà, faire de la cuisine du niveau « placer une galette du commerce dans une poêle, casser un oeuf, mettre du gruyère râpé et une tranche de jambon », c’est de la haute cuisine pour moi.
Pas parce que c’est trop élaboré. Juste parce qu’en général j’ai pas l’énergie à faire de la cuisine par moi-même. Les plats préparés sont une bénédiction pour moi. Sans eux je galèrerais à me faire à manger tous les jours. Pas assez de cuillères.

Bref. J’ai aussi un tas de vaisselle à faire.

Donc je m’apprêtais à la faire. Hop un peu de musique dans les oreilles et à la vaisselle !… Ou pas.

Pendant trente minutes je suis resté groogy comme un con devant mon évier à contempler les assiettes sales.
Ce n’était pas une question de flemme. La flemme je connais, comme sentiment. Comme tout le monde.
Là, c’était juste que je suis quasiment à court de cuillères. Qu’il me faut encore sortir tantôt faire des photos, que ça va m’en coûter, que j’ai aussi potentiellement du travail bénévole qui m’attendra à mon retour chez moi… Et que je viens de me taper une nuit gris très très clair.
Donc non content de partir avec moins de cuillères que d’ordinaire, j’ai potentiellement besoin de plus de cuillères que d’habitude pour boucler ma journée.

Et là, faire la vaisselle ET me faire à manger… J’y arrive pas.
Je ne sais même pas comment je vais faire. Si je vais réussir à faire les deux tâches, si j’en ferai une ou aucune. Si je vais manger quelque chose de déjà préparé via un saut au magasin, ou si je vais rester le ventre vide parce que trop crevé de toute façon pour avoir faim.

Cela fait depuis la début décembre 2017 que j’ai l’impression de ne jamais arrêter, de ne pas avoir un peu de temps pour récupérer.
Chaque semaine, un nouveau truc. Chaque mois, un nouveau défi.

Moi il me faut au moins deux à trois semaines d’inactivité, deux à trois semaines sans un cerveau en plein surrégime constant pour qu’enfin je souffle un coup.
Cela fait CINQ MOIS que j’aspire à souffler.

Et là, ce midi, j’arrive pas à savoir si je vais manger ou pas.
Parce que je suis claqué.

Je sais que je réussirai bientôt à faire la vaisselle et qu’alors garnir des crêpes ne sera pas trop difficile.
Mais en attendant, aujourd’hui, c’est au-delà de tout.

Ah oui ! Et faut que j’aille me laver.
Et ça aussi ça me coûte aujourd’hui. Même si ça fait du bien, et même si je le ferai dans tous les cas. Aujourd’hui ça aussi représente un réel effort.

POUCE !

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